Comment les logiciels libres peuvent aider à préserver ma vie privée ?

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Dernière mise à jour : le 30/08/2020

La question de préserver sa vie privée en utilisant des logiciels libres est encore loin d'être à l'esprit de tout le monde. D’un côté nous avons des géants de l’internet (les GAFAM, entre autres) qui proposent toujours plus de services innovants, dont la gratuité se fait au prix de quelques indiscrétions sur notre vie privée, et de l’autre nous avons des utilisateurs qui souvent, veulent consommer ces services avec une seule et simple exigence : « que ça marche ».

Au milieu de tout ça cependant, émergent des projets, libres pour la plupart, qui prétendent proposer des services équivalents, gratuits dans une certaine mesure, et sans condition d’exploitation des données personnelles de leurs utilisateurs, car leur modèle économique n‘est pas basé sur l’utilisation de telles données.

Dans cet article, nous allons présenter brièvement une plateforme open source, qui propose à ses utilisateurs des services de stockage et synchronisation de fichiers, de contacts, et d’agendas (et même beaucoup plus) tout en leur laissant reprendre la main sur leurs données personnelles, et avec cet exemple nous verrons comment les logiciels libres peuvent aider à préserver notre vie privée.
Nous verrons qu’avec des moyens modestes et un peu d’huile de coude, il est possible de s’auto-héberger, mais également qu’il existe des associations et des collectifs de plateformes ou d’hébergeurs qui sont en capacité de fournir des prestations d’hébergement cloud (entre autres) basées sur les logiciels libres.

Logiciels libres pour protéger sa vie privée

Le système d’exploitation : le premier rempart de la vie privée

logo de la distribution Linux Debian

Ce n’est pas l’objet principal de cet article, mais il n’est pas possible de ne pas parler de la brique de base qui est le système d’exploitation. Windows 10, la dernière plateforme de Microsoft, est un système d’exploitation qui remonte une importante quantité de données dites « télémétriques » auprès de son éditeur. Sous cette appellation laconique, se cachent des remontées d’informations techniques pour beaucoup d’entre elles, mais certaines autres peuvent être à la frontière du technique et du personnel. On peut désactiver partiellement la télémétrie de Windows 10, mais jamais totalement (en tout cas, l’interface ne le permet pas).

Les distributions Linux quant à elles, n’ont pour la plupart que faire de ces données dont certaines sont d’ordre privé. Si certains logiciels libres font de la télémétrie (comme firefox par exemple, ou la distribution Ubuntu), souvent, elle est désactivée par défaut, et si ce n’est pas le cas, le logiciel nous met en évidence une interface permettant de la désactiver facilement. Et dans ce cas, elle est vraiment désactivée. Quoi qu’il en soit, les données remontées sont purement techniques (pour aider à améliorer des logiciels par exemple), ou aident à améliorer les distributions en donnant à leurs mainteneurs des informations sur la popularité de tel ou tel logiciel intégré (comme le sondage Debian Popularity Contest, dont les résultats sont publics).
Utiliser une distribution Linux, contenant le plus de logiciels libres possibles sur son ordinateur personnel contribue donc à la préservation de la vie privée.

Nextcloud : reprendre la main sur ses données pour préserver sa vie privée

logo nextcloud

Nextcloud est une plateforme open source, qui propose de multiples services, et qui est développée par Nextcloud gmbh. Le projet est issu de la séparation avec un autre projet (Owncloud) suite à des divergences d’opinion notamment sur l’orientation commerciale de la solution.
La société Nextcloud offre son logiciel à l’humanité, et fonde son modèle économique sur la vente de services de maintenance et de support de sa plateforme aux entreprises qui l’utilisent, comme bien souvent dans le monde open source.
Les services proposés par la plateforme Nextcloud sont multiples, et extensibles par un système de plugins (ou d’applications) que tout un chacun peut développer. Parmi les services proposés en standard, on pourra énumérer :

  • le stockage, le partage, et la synchronisation de fichiers
  • l’édition en ligne, et collaborative de documents bureautiques (oui oui, comme office microsoft 365) grâce à l'intégration de deux suites bureautiques open sources supportées (onlyoffice et collabora). N'hésitez pas à lire d'ailleurs notre article sur onlyoffice et celui sur les solutions alternatives à la suite Microsoft Office.
  • le stockage, le partage, et la synchronisation de multiples calendriers
  • le stockage et la synchronisation de carnets d’adresses
  • une application permettant de chatter, et réaliser des visio-conférences de manière très simple

Cette liste n'est pas exhaustive, je me suis contenté de ne citer que les services que j’utilise à titre personnel, mais les besoins couverts par Nextcloud sont bien plus vastes.

Il est important de préciser que Nextcloud n’utilise que des protocoles ouverts et standardisés pour son fonctionnement ou pour fournir ses services de synchronisation, de sorte que l’on est en capacité d’utiliser le client de synchronisation de notre choix pour travailler avec Netxcloud, pour peu que celui-ci respecte les standards. Ceci fait par exemple que l’on peut synchroniser son carnet d’adresses et son agenda gérés par Thunderbird (et son extension lightning) sur son PC avec ceux de son smartphone, en passant par Nextcloud, avec une facilité enfantine. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres services.
Nextcloud étant libre, tout un chacun peu l’installer, ce qui fait qu’il existe de nombreux petits hébergeurs (« petits » ne veut pas dire « pas de bonne qualité », au contraire) proposant des services cloud basés dessus, à très bas prix voir gratuits suivant les besoins.

Les CHATONS : des hébergeurs artisanaux qui ne s’intéressent pas à vos données

logo du collectif CHATONS

Comme dit précédemment, outre Nextcloud il existe des dizaines de logiciels libres autorisant des collectifs, des associations, et des entreprises à fournir un service gratuit ou payant à des utilisateurs. Lequel service sera dispensé de toute remontée sur la vie privée de ses consommateurs. Le collectif CHATONS est parmi ceux-ci, et comme il le décrit lui-même, a pour objet de déconcentrer l’entassement des données personnelles des gens par les géants de l’internet, en plaçant l’éthique au cœur du projet. De nombreux petits hébergeurs associatifs font partie du collectif (comme Zaclys par exemple), et son esprit est entre autres d’inciter les gens à se tourner vers des hébergeurs près de chez eux, à l’instar des AMAP pour les activités maraîchères.

La plateforme des CHATONS dispose d’un moteur de recherche permettant de trouver le service désiré le plus près de chez soi (ou plus loin, il n’y a pas d’obligation bien sûr). Elle propose également en accès rapide de multiples petits services supportés par des membres du collectif, sans inscription requise, tels qu’un outil de prise de rendez-vous ou une plateforme de visio-conférence, entre autres.

Je veux le contrôle total : puis-je m’auto-héberger avec des logiciels libres et ainsi préserver ma vie privée encore plus ?

Il est tout à fait possible de pratiquer l'auto-hébergement avec des logiciels libres pour préserver sa vie privée, bien sûr ! On remerciera une fois de plus la communauté des développeurs, des contributeurs et des utilisateurs des ces logiciels, qui rendent possible (et relativement facile) de pratiquer l’auto-hébergement.
Quand on se pose la question de l’auto-hébergement, on en vient vite à déterminer jusqu’où on veut aller. Est-ce que l’on souhaite se cantonner à une partie « cloud » (et c’est déjà pas mal), ou bien est-ce qu’on veut être exhaustif et par exemple pousser jusqu’à héberger soit-même son propre serveur de messagerie électronique ?

De mon point de vue, et bien qu’étant fondamentalement convaincu de sa pertinence, je pense que le cas particulier de l’auto-hébergement de la messagerie électronique requière une expertise et une technicité poussées, et surtout un investissement en temps très important, car la messagerie est devenue extrêmement critique à présent. Sa disponibilité, ainsi que sa sécurisation doivent donc être maximales. Pour ces raisons, et à titre personnel, je ne pense pas que ça soit forcément une bonne idée d’auto-héberger sa messagerie électronique si on n’est pas prêt à y passer le temps nécessaire pour le faire correctement. Cependant, cela ne doit pas nous empêcher de choisir soigneusement un hébergeur de messagerie qui ne lit pas nos mails (même si c’est pour notre bien en aidant à fournir un meilleur service…) parmi les CHATONS par exemple ou bien encore parmi des entreprises honnêtes et franches avec leurs utilisateurs, comme Gandi par exemple; le service ne sera pas gratuit, mais il sera de qualité et sans entourloupe.

En revanche, en ce qui concerne des services de synchronisation de fichiers, de contacts ou d’agenda, requérant une disponibilité moins importante (ou tout du moins, moins critique), il est sans danger de tenter l’aventure, avec Nextcloud par exemple (ou avec Owncloud, Seafile et bien d’autres). Pour ma part, j’ai tendance à encourager les gens qui s’y intéressent à le faire, ne serait-ce que d’un point de vue environnemental. En effet, la consommation mondiale massive de ce type de services est telle que pour répondre à la demande, les grands hébergeurs multiplient les datacenters géants ; et ceux-ci consomment énormément d’électricité, même si leur consommation en énergie est optimisée au mieux possible. L’équivalent en quantité de ces services, cette fois-ci décentralisés chez les particuliers consommerait tellement moins d’énergie, car les particuliers ne multiplieraient pas les systèmes de sécurité comme il est fait dans les datacenters (2, 3 voir 4 sources d’alimentation électrique différentes, des moteurs diesel de secours, et surtout, un besoin en refroidissement tel qu’il en devient quasiment la première source de consommation d’énergie dans le datacenter, devant les serveurs et les infrastructures réseau). Tout ça sans parler d’une des solutions trouvées par les géants du web pour refroidir à moindre coût leurs datacenters en allant polluer le fond des mers ou les régions polaires pour y installer leurs nouvelles infrastructures. On voit que finalement, quand on s’y penche de plus près, toutes ces questions ne concernent pas que des considérations sur la vie privée, mais englobent plus largement une question de citoyenneté.

Pour un passionné, un curieux, ou encore par militantisme citoyen, il faut finalement assez peu de moyens pour auto-héberger son petit cloud privé, dans sa chambre, son salon, sa cave ou son grenier. En effet, outre l’indispensable connexion internet permanente (dont le débit ne devra pas nécessairement être énorme, suivant ce que l’on souhaite faire), il ne faut guère qu’une machine, même ancienne (ou mieux, un nano-ordinateur dont la consommation électrique est extrêmement faible) et un bout de disque dur pour débuter. Il faut également un peu de temps libre, à minima pour réaliser l’installation et la configuration initiale. Le reste, comme les logiciels ou la documentation, sont fournis par les logiciels libres et les communautés qui gravitent autour.

nano ordinateur
Un nano ordinateur avec un disque dur suffisent largement pour héberger son cloud privé à la maison.

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