Comment essayer Ubuntu sans l’installer avec une clé USB live
La plupart des grandes distributions Linux proposent un média d’installation qui joue aussi le rôle de live CD ou de live USB. Cette fonctionnalité, apparue il y a plus de vingt ans avec des distributions pionnières comme Knoppix, est aujourd’hui intégrée à presque tous les installateurs. Le principe : démarrer une distribution depuis un support externe (CD, DVD ou clé USB), sans toucher au disque dur de l’ordinateur. La distribution fonctionne en mémoire, peut accéder au disque interne si besoin, mais n’y écrit rien par défaut.
Cette approche permet de tester une distribution Linux sans l’installer, mais pas uniquement. Certaines distributions sont pensées pour fonctionner exclusivement en live : SystemRescue pour la réparation de systèmes, Tails pour la confidentialité et le respect de la vie privée, ou encore des distributions pour emporter son environnement de travail sur une simple clé USB et le démarrer sur n’importe quel ordinateur.
Les éditeurs d’antivirus ont eux aussi adopté cette approche : la plupart proposent des supports bootables pour analyser et nettoyer un ordinateur sans démarrer le système infecté, ce qui donne de bien meilleurs résultats face à certains malwares persistants.
L’intérêt principal d’une version live reste cependant le test avant installation. Vous vérifiez la compatibilité de votre matériel (Wi-Fi, carte graphique, écran externe), la prise en charge de votre clavier et vos logiciels habituels, le tout sans rien casser sur votre installation Windows actuelle. C’est également la porte d’entrée la plus sûre vers Linux à l’approche de la fin du support de Windows 10. Nous allons voir ici comment créer une clé Ubuntu live USB et l’utiliser sans modifier votre ordinateur.
📌 L’essentiel à retenir
Un Ubuntu live USB permet de démarrer la distribution Linux depuis une simple clé USB, sans rien installer ni modifier sur le disque dur. Il suffit d’une image ISO récente d’Ubuntu (de préférence une version LTS), d’une clé USB d’au moins 8 Go et du logiciel Rufus sous Windows pour la rendre bootable. Vous démarrez ensuite l’ordinateur sur la clé via le menu de boot (F12, F2, ECHAP selon la machine), puis cliquez sur Essayer Ubuntu pour tester la distribution avant toute installation.
Création d’une clé usb bootable (« démarrable ») de Ubuntu avec rufus
Il vous faut d’abord une image ISO de la distribution. Nous conseillons une version LTS (support long terme), plus stable et maintenue cinq ans. Téléchargez la dernière version depuis ubuntu.com/download/desktop — Ubuntu 24.04 LTS Noble Numbat au moment de la rédaction, ou une version plus récente si elle est disponible.
L’outil qui permet de créer la clé USB bootable est Rufus : c’est un outil très facile à utiliser, il demande peu de paramétrage à l’utilisateur non-expert tout en permettant de jouer sur certains paramètres pointus quand on est dans un cas particulier.
On le télécharge depuis son site portail ; ici, nous choisirons la version portable qui donc, ne nécessite pas d’installation sur le système.

Une fois téléchargé, on lance l’exécutable portable. Si la fenêtre suivante de contrôle de compte UAC apparaît, il faut cliquer sur « oui ».

La fenêtre principale de Rufus attend alors que l’on indique le périphérique USB sur lequel écrire l’image ISO que l’on a téléchargée précédemment.
Attention à cette étape : bien que Rufus dispose d’un filtre qui lui évite de présenter autre chose qu’une clé USB dans la rubrique « périphérique » (le disque dur principal de l’ordinateur ne devrait pas apparaître par exemple), il est tout de même prudent de vérifier deux fois son choix ici, car les données éventuellement présentes dessus seront détruites.

Le choix de l’image se fait en cliquant sur le bouton « sélection », puis en naviguant vers le répertoire dans lequel le fichier ISO a été téléchargé. Dans le cas de Ubuntu 19.10, il faudra une clé de 4Go minimum pour accueillir l’image.

Le schéma de partition et le système de destination dépendent de l’ordinateur cible. Une fois l’ISO chargée, Rufus choisit automatiquement le meilleur réglage, mais vous pouvez le modifier manuellement si besoin.
Pour un ordinateur ancien, la bonne combinaison est une table de partition MBR avec un système de destination BIOS ou UEFI. Sur une machine récente, MBR fonctionnera en activant le mode compatible (legacy ou CSM) dans l’UEFI. Vous pouvez aussi utiliser le démarrage natif UEFI avec une table de partition GPT : c’est le choix le plus durable. Ubuntu prend en charge Secure Boot grâce à son bootloader signé shim, il est donc rarement nécessaire de le désactiver pour les versions LTS récentes.


Cliquez sur démarrer pour lancer la création. Si une fenêtre propose à Rufus de télécharger syslinux ou GRUB, acceptez en cliquant sur oui : ces utilitaires de démarrage doivent correspondre exactement à la version de l’ISO Ubuntu.
Si on répond « non » à cette étape, le démarrage sur la clé USB ne fonctionnera pas.

Il est possible que rufus demande quelle méthode de copie préférera-t-on pour transférer l’image ISO sur la clé USB. Le plus rapide est de choisir le mode « image ISO » qui recopiera le contenu du fichier ISO sur la clé USB en mode fichier.
L’autre mode « image DD » fonctionnera aussi, mais le processus de création est plus long : il copie l’image bit à bit comme si c’était une sauvegarde de disque dur par exemple. Cependant on pourra se rabattre sur ce mode si le démarrage ne fonctionne pas avec la clé créée en mode ISO.

La boite de dialogue suivante est la dernière chance de changer d’avis, ou de s’assurer de ne pas s’être trompé de clé avant l’écriture des données dessus.


Note sur la clé USB utilisée
Il faut bien garder à l’esprit que toutes les clés USB ne se valent pas, et que la différence de qualité entre deux clés peut être importante. D’une manière générale, il faut préférer utiliser une clé USB de marque reconnue, plutôt qu’une clé destinée à un usage publicitaire par exemple. En effet, il arrive parfois qu’on ne puisse pas démarrer sur une clé simplement parce qu’elle est de mauvaise qualité.
Démarrage de l’ordinateur à partir de la clé USB
La suite des opérations consiste à démarrer l’ordinateur depuis la clé live USB fraîchement créée. Il va falloir temporairement, pendant l’amorçage, au moment du POST (au tout début du démarrage de l’ordinateur, quand son logiciel interne BIOS ou UEFI initialise le matériel) indiquer à l’ordinateur que l’on souhaite démarrer sur un autre périphérique que le disque dur interne.
La manipulation repose sur le pressage d’une touche, qui est variable d’un ordinateur à un autre, et dont l’activation appelle un menu de démarrage, dans lequel on peut choisir la clé. Généralement, c’est souvent la touche F12 qui est utilisée, mais ça peut être aussi la touche ECHAP, la touche F2, F8, F10, suppr, voire la touche entrée. Quelques fois, c’est affiché à l’écran de l’ordinateur pendant l’amorçage, mais de manière brève.
Dans tous les cas, une requête sur un moteur de recherche efficace avec la référence de l’ordinateur permettra rapidement de déterminer la bonne touche. La lecture de cet article du wiki francophone d’Ubuntu peut également être utile.



Une fois la clé USB sélectionnée comme périphérique de démarrage principal temporaire, il n’y a plus qu’à laisser faire la magie du boot USB.
Une autre possibilité pour démarrer sur la clé USB est de rentrer dans les paramètres du BIOS ou de l’UEFI, en pressant une autre touche (à déterminer en faisant également une recherche sur internet) au moment du POST, pour aller modifier le paramètres d’ordre des périphériques de démarrage et y placer la clé USB avant le disque dur. De cette manière, à chaque fois qu’une clé sera présente lors de l’amorçage, l’ordinateur tentera de démarrer dessus et se rabattra sur le disque dur si ce n’est pas possible.
Lancer Ubuntu et choisir le mode live
Le système démarre jusqu’à une étape intermédiaire, sur laquelle il faut choisir dans quel mode on souhaite l’utiliser : live, ou installation.

Sélectionnez Français (ce qui paramètre à la fois la langue de l’interface et la disposition du clavier), puis cliquez sur Essayer Ubuntu pour lancer le mode live. Selon la version d’Ubuntu, l’option peut aussi s’appeler Try Ubuntu ou Try or install Ubuntu.

Vous pouvez à présent explorer la distribution. Le mode live offre les mêmes fonctionnalités qu’une installation classique. Attention toutefois : les logiciels installés via le gestionnaire de logiciels Ubuntu, les documents créés ou les fichiers téléchargés ne sont conservés que le temps de la session. Tout disparaît au redémarrage, sauf si vous avez configuré une clé avec persistance.
Il est possible de créer une clé USB live avec persistance, qui conserve logiciels et données entre deux sessions. Cela demande une configuration spécifique au moment de la création de la clé, via Rufus (champ Taille de la persistance) ou des outils comme mkusb sous Linux.
Conservez cette clé précieusement : elle servira à l’étape suivante si Ubuntu vous convient. Vous pourrez alors configurer un dual boot entre Windows et Ubuntu pour garder les deux systèmes, ou remplacer complètement Windows par Linux si vous êtes convaincu.
Foire aux questions
Quelle version d’Ubuntu utiliser pour un live USB ?
Privilégiez toujours une version LTS (Long Term Support), maintenue cinq ans, comme Ubuntu 24.04 LTS Noble Numbat ou la dernière LTS disponible au moment de la création. Les versions intermédiaires (24.10, 25.04…) sont valables pour tester, mais perdent leur support après neuf mois.
Quelle taille de clé USB faut-il pour un Ubuntu live USB ?
Au moins 8 Go. L’ISO d’Ubuntu Desktop dépasse 5 Go depuis la 24.04, et une marge reste nécessaire. Pour ajouter une persistance qui conserve vos fichiers entre deux sessions live, prévoyez plutôt 16 Go ou plus.
Le live USB modifie-t-il mon disque dur Windows ?
Non, tant que vous choisissez Essayer Ubuntu et non Installer Ubuntu. En mode live, tout fonctionne en mémoire RAM et rien n’est écrit sur le disque interne. Les fichiers téléchargés ou créés pendant la session sont perdus au redémarrage.
Peut-on garder ses fichiers entre deux sessions live ?
Oui, avec une clé USB live persistante. Dans Rufus, le champ Taille de la persistance permet de réserver une partition dédiée. Vos logiciels installés, documents et paramètres seront alors conservés d’une session à l’autre.
Faut-il désactiver Secure Boot pour Ubuntu ?
Pas pour les versions récentes d’Ubuntu. Canonical signe son bootloader shim avec une clé reconnue par Microsoft, donc Secure Boot reste compatible avec Ubuntu LTS. La désactivation n’est utile que pour certaines distributions non signées ou des dérivés communautaires.
Comment accéder au menu de démarrage pour choisir la clé USB ?
La touche varie selon le fabricant : F12 sur Dell et Lenovo, F9 sur HP, F10 ou ECHAP sur certains Acer, F8 sur Asus. Appuyez rapidement et à répétition dès l’allumage, avant l’apparition du logo Windows. Consultez le manuel de votre PC si aucune ne fonctionne.
Ubuntu live USB fonctionne-t-il aussi sur un Mac ?
Oui, sur les Mac Intel. Sur les Mac Apple Silicon (M1, M2, M3, M4), le démarrage sur USB externe en architecture ARM reste complexe : privilégiez une distribution adaptée comme Asahi Linux pour ces machines.
Ubuntu live USB : à quoi faire attention avec un PC récent
Sur un ordinateur récent, trois points méritent un contrôle avant de créer votre clé Ubuntu live USB. Premièrement, vérifiez si votre BIOS/UEFI est configuré en mode UEFI pur ou en legacy/CSM : Rufus adaptera le schéma de partition (GPT pour UEFI, MBR pour legacy). Deuxièmement, si votre machine utilise le Secure Boot, les ISO Ubuntu LTS récentes sont signées et démarrent sans désactivation. Pour des dérivés non officiels, vous devrez peut-être désactiver Secure Boot temporairement dans le firmware. Troisièmement, si votre PC dispose d’une puce TPM 2.0, cela n’empêche pas le démarrage sur clé USB : c’est un prérequis Windows 11, pas une restriction Linux.
Du côté du matériel, les clés USB 3.0 ou 3.1 offrent un confort très net par rapport à l’USB 2.0 : l’amorçage et l’utilisation en session live sont nettement plus fluides. Évitez aussi les clés USB d’entrée de gamme ou promotionnelles, qui présentent parfois des problèmes de fiabilité à la lecture. Enfin, si votre PC ne veut pas démarrer sur la clé, entrez dans les paramètres UEFI au démarrage (touches Suppr, F2 ou F10 selon le fabricant) et vérifiez l’ordre de démarrage ainsi que les options Fast Boot, qui peuvent bloquer la détection d’un support externe.
Et sous macOS ou Linux : quelle alternative à Rufus ?
Rufus n’existe que sous Windows. Si vous travaillez déjà sous macOS ou sous une autre distribution Linux, utilisez balenaEtcher, disponible sur les trois plateformes et adapté à la création d’une clé USB bootable à partir d’une image ISO. Sous Linux, vous pouvez également passer par le Créateur de disque de démarrage (Startup Disk Creator) inclus dans Ubuntu, ou par la commande dd pour les utilisateurs à l’aise avec le terminal. La logique reste la même : choisir l’ISO, sélectionner la bonne clé, écrire l’image, démarrer le PC dessus.
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