Comment installer des logiciels sous Linux ?
Sous Windows, installer un logiciel nécessite la plupart du temps l’utilisation d’un programme d’installation, exécutable, lequel va initier diverses opérations dans le système d’exploitation pour réaliser l’installation du logiciel en quelques clics. Ces opérations sont de type copie des fichiers du programme, création des clés de registre éventuelles nécessaires à son fonctionnement, création des raccourcis du menu démarrer pour le lancer ou encore configuration des utilitaires de désinstallation du programme. Ce sont ces opérations qui se cachent derrière le fameux suivant – suivant – terminer.
La plupart du temps, le programme d’installation d’un logiciel pour Windows embarque tous les fichiers exécutables, les fichiers de configuration et les librairies nécessaires au fonctionnement du logiciel.
Dans la majorité des distributions Linux, ce n’est pas le cas. Par exemple, les logiciels étant libres pour la plupart, leur différents composants comme les librairies de fonctions peuvent être ré-utilisées librement par d’autres programmes pour leur fournir des capacités supplémentaires. Cela crée des relations de dépendances entre les logiciels. Voici un bref aperçu de la gestion des paquets, de comment installer des logiciels sous Linux, et du changement du paradigme habituellement vu avec Windows.
📌 L’essentiel à retenir
Sous Linux, l’installation de logiciels passe par des gestionnaires de paquets propres à chaque distribution : apt pour Debian et Ubuntu, dnf pour Fedora, zypper pour openSUSE. Ces outils téléchargent les logiciels depuis des dépôts officiels et gèrent automatiquement les dépendances (librairies partagées entre programmes). Des interfaces graphiques (Logiciels Gnome, Synaptic) et des formats universels comme Snap, Flatpak et AppImage complètent l’écosystème.
La mutualisation et l’organisation des fichiers des logiciels dans les distributions Linux
Les logiciels libres partagent souvent entre eux des composants, et certains paquets peuvent même n’être constitués que de librairies de fonctions. Cette propriété rend caduque l’organisation utilisée sous Windows, où chaque programme installe tout ses fichiers dans un dossier qui lui est dédié. Ainsi, dans la majorité des distributions Linux, les différents éléments sont organisés par type de fichiers. Par exemple, tous les fichiers exécutables seront stockés dans les répertoires /bin ou /usr/bin (ou /sbin et /usr/sbin si ils appartiennent au super-utilisateur), les fichiers de configuration globaux seront stockés dans /etc, ou bien toutes les librairies de tous les programmes seront stockées dans les répertoires /lib ou /usr/lib. Ces dernières n’appartiennent pas spécialement à un programme particulier, elles sont à la disposition de qui en a besoin. Elles auront été déposées dans le système de fichiers lors de l’installation du premier programme qui les nécessite. De la sorte, on constate une certaine mutualisation des ressources.
Les dépendances, les paquets et les gestionnaires de paquets
Les logiciels pour les distributions Linux sont fournis par les mainteneurs des distributions sous forme de paquets. Ce sont des sortes d’archives, un peu dans l’esprit d’un fichier .zip. Ils ne sont pas tous identiques d’une distribution à une autre, et même si il y a deux grandes familles (les paquets .deb pour Debian et dérivés, et les .rpm pour les nombreuses distributions héritant de ce système de Red Hat), ce ne sont pas les deux seules. Peu importe leur type, ces paquets contiennent l’ensemble des fichiers propres au logiciel que l’on souhaite installer, ainsi que les procédures d’installation et de configuration.
Le fait que plusieurs logiciels peuvent partager des éléments tels que des librairies implique que lorsque l’on souhaite installer un logiciel ayant besoin pour l’une ou l’autre de ses fonctionnalités de base d’une librairie fournie par un autre paquet, ce dernier doit être installé en même temps, s’il ne l’est pas déjà. C’est le principe des dépendances. Si toutes les dépendances nécessaires à l’installation d’un paquet ne sont pas satisfaites, l’installateur de paquets (tel que dpkg pour les distributions basées sur Debian, ou rpm pour les distributions type Fedora ou OpenSuse Leap) refusera d’installer le paquet car le logiciel ne serait pas fonctionnel ; la cohérence du système serait compromise.
Gérer manuellement les dépendances d’un paquet est envisageable, et pour prendre exemple de la distribution Debian, sa page recensant les packages logiciels indique les dépendances pour chaque paquet. On pourrait s’amuser à toutes les télécharger manuellement, et les installer avec dpkg. Cette approche manuelle devient vite fastidieuse. Heureusement, pour nous aider, il y a les gestionnaires de paquets. Ceux-ci se chargent, quand on leur demande d’installer un logiciel, d’aller le télécharger sur les dépôts de la distribution, ainsi que toutes ses dépendances, et d’invoquer l’installeur de paquets (dpkg par exemple dans la distribution Debian) pour effectuer l’installation du logiciel et de tous ses composants, tout ça, automatiquement. Comme gestionnaires de paquets, on peut citer apt pour Debian / Ubuntu et affiliées, zypper pour OpenSuse Leap, ou yum ou plus récemment dnf pour Fedora ou CentOS. Ces gestionnaires sont en ligne de commande et sont très simples d’utilisation et remarquablement efficaces. Ils peuvent par ailleurs se charger de mettre à jour l’ensemble des logiciels de la distribution, quand c’est nécessaire.
Comment installer des logiciels sous Linux avec un gestionnaire de paquet : exemples avec apt, pour Debian / Ubuntu et dérivés
Comme évoqué plus haut, dans Debian et ses dérivés apt est le gestionnaire de paquets. Voici quelques exemples de commandes Linux pour des logiciels avec apt.
sudo apt update
Cette commande demande à apt de mettre à jour la liste des paquets dans les dépôts. On l’invoquera de préférence avant chaque session apt, de sorte que celui-ci soit au courant des nouveautés dans les dépôts logiciels.

apt search un_nom_de_logiciel
Cette commande demande à apt de rechercher dans les noms et les descriptions de paquets des dépôts le mot un_nom_de_logiciel. C’est très utile quand on cherche le nom du paquet qui permet l’installation d’un logiciel donné.

sudo apt install un_nom_de_paquet
Cette commande demande à apt de télécharger et d’installer le paquet un_nom_de_paquet, ainsi que toutes ses dépendances. Généralement l’installation d’un logiciel requière plusieurs paquets, apt se charge de tous les installer automatiquement.

sudo apt remove un_nom_de_paquet
Cette commande demande à apt de supprimer le paquet un_nom_de_paquet. Si des fichiers de configuration sont liés à ce paquet, ils seront conservés. Si on souhaite également supprimer ces fichiers de configuration, on remplacera le mot clé remove par le mot clé purge.

sudo apt upgrade
Cette commande demande à apt de mettre à jour tous les paquets installés dans le système qui disposent d’une version plus récente dans les dépôts logiciels. On invoquera donc la commande sudo apt update avant.

Note : la plupart des commandes apt listées ci-dessus réalisent des opérations administratives sur le système, et nécessitent par conséquent d’être exécutées pour le compte du super-utilisateur, c’est pour ça qu’elles sont préfixées du mot clé sudo. Il n’y a dans ces exemples que la recherche dans la liste des paquets qui ne le nécessite pas.
Installer un logiciel sous Fedora, CentOS ou openSUSE
Les distributions basées sur Red Hat ou openSUSE utilisent d’autres gestionnaires de paquets, avec une logique similaire à apt.
sudo dnf install un_nom_de_paquet # Fedora, CentOS Stream, AlmaLinux, Rocky Linux sudo zypper install un_nom_de_paquet # openSUSE sudo pacman -S un_nom_de_paquet # Arch Linux, Manjaro
Les noms de commandes changent, mais le principe reste le même : le gestionnaire télécharge le paquet depuis les dépôts officiels et installe automatiquement ses dépendances.
Comment installer des logiciels sous Linux avec un gestionnaire de paquets en mode graphique
Les gestionnaires de paquets graphiques ont les mêmes fonctions que leurs homologues en mode texte, en apportant en plus le confort d’une interface graphique ergonomique. Ils proposent un moteur de recherche dans lequel on formule sa requête, puis on pioche ce que l’on souhaite installer parmi les résultats. Ils peuvent également maintenir la distribution à jour ou bien encore gérer la liste des dépôts logiciels. Certains se présentent même sous forme d’un magasin d’applications, avec de rubriques regroupant les logiciels par thème. En voici deux parmi toute une ribambelle.
Exemple avec logiciels de Gnome (ou Gnome logiciels, ou gnome-software)
Voici un gestionnaire de paquets qui se conforme aux codes qui sont dans l’air du temps, et qui par conséquent se présente sous la forme d’un magasin d’applications typique, tel qu’on peut les rencontrer sous iOS ou Android. Il regroupe les logiciels par thème.

L’installation d’un logiciel est aisée, il suffit de choisir le logiciel et cliquer sur le bouton installer; logiciels de Gnome (ici renommé en Logiciels Ubuntu, mais c’est bien le même gestionnaire de paquets) se charge d’installer automatiquement toutes les dépendances. Il affiche une capture d’écran du logiciel, et dispose également comme tous les magasins d’applications modernes d’un système de commentaires.

Un moteur de recherche intégré permet de formuler rapidement une requête.

Les habitués des smartphones n’auront aucune peine à utiliser ce gestionnaire de paquets car ils retrouveront immédiatement l’ergonomie de leur outil de poche.
Il faut noter que logiciels de Gnome ne gère pas les mises à jour des logiciels à proprement parler, cette tâche étant assurée par un autre composant (update-manager dans le cas de Ubuntu 19.04).

Exemple avec Synaptic
Présent depuis longtemps par défaut dans Debian par exemple, Synaptic pourrait être considéré comme une interface graphique des outils apt. Il possède ainsi l’ensemble des fonctionnalités proposées par apt, et sait ainsi réaliser toutes les tâches d’installation et de suppression de paquets. Il gère les mises à jour, ainsi que la configuration des dépôts.

Il peut effectuer des recherches dans le répertoire des paquets.

Il propose également de lister les paquets en fonction de catégories, mais dispose en plus d’un système de filtres permettant par exemple de lister les paquets dits « cassés » (ayant des problèmes de dépendances par exemple).
La réalisation des opération consiste en appliquer la liste des demandes effectuées (installation, suppression, mise à jour..,) en cliquant sur le bouton dédié.
Quelques mots sur les dépôts logiciels
Dans toutes les distributions modernes, le système de base est installé depuis un média d’installation plus ou moins volumineux. Dans tous les cas, ce média dispose au moins du système minimal à installer, mais ne peut pas contenir l’ensemble des paquets de la distribution (qui représentent souvent plusieurs dizaines de giga octets).
Ainsi, pour installer des logiciels supplémentaires, les gestionnaires de paquets vont les télécharger automatiquement depuis des dépôts de paquets, gérés pour la plupart par les mainteneurs de la distribution.
Lorsqu’un paquet est mis à jour par son responsable dans la distribution, cette mise à jour est immédiatement disponible pour les gestionnaires de paquets des distributions installées sur les ordinateurs de leurs utilisateurs. Les dépôts disposent également souvent de miroirs, c’est-à-dire des copies synchronisées en plusieurs points du globe, de sorte à être les plus près possibles des utilisateurs.
Snap, Flatpak et AppImage : quelles différences ?
Trois formats universels se partagent aujourd’hui la distribution de logiciels multi-distributions sous Linux. Chacun possède une philosophie propre.
- Snap : format développé par Canonical (l’éditeur d’Ubuntu). Préinstallé sur Ubuntu, il s’appuie sur un serveur centralisé, le Snap Store. Les applications démarrent un peu lentement mais les mises à jour sont automatiques
- Flatpak : format communautaire porté par la fondation Linux. Plateforme décentralisée via Flathub. Meilleure intégration avec la plupart des environnements de bureau, adopté par Fedora et de nombreuses distributions
- AppImage : un simple fichier exécutable qui embarque toutes les dépendances. Aucun gestionnaire requis, il suffit de rendre le fichier exécutable et de le lancer. Idéal pour tester un logiciel ou faire tourner une application sur une distribution non supportée
Pour un usage quotidien sous Ubuntu, Snap reste le format natif. Sous Fedora, Flatpak est privilégié. AppImage garde sa place pour les logiciels portables ou les versions de développement.
Installations à partir des sources
Il ne faut pas perdre de vue que la grosse majorité des logiciels dont il est question sont libres, et que donc leur code source est accessible à tout un chacun. Il est donc tout à fait possible de construire (on dit compiler) les fichiers exécutables à partir du code source du logiciel.
Cette méthode présente par exemple l’avantage de pouvoir utiliser des versions les plus récentes possibles de logiciels (voire des versions de développement), ou encore de ne compiler que les options qui nous intéressent d’un logiciel et ainsi avoir une version hyper légère et optimisée de celui-ci. Quoi qu’il en soit on parle ici d’une pratique réservée à un public plutôt expert.
Retour au paradigme Windows avec Appimage et compagnie
Depuis quelques temps déjà, une nouvelle façon de distribuer et d’exécuter des logiciels se développe dans l’écosystème des distributions Linux avec des systèmes comme AppImage, Snap ou Flatpak. Ces systèmes sont ce qu’on appelle des lots applicatifs. Un logiciel distribué de cette sorte est empaqueté avec toutes les librairies et autres dépendances dont il a besoin pour fonctionner, sans s’intéresser à ce qui est déjà présent dans la distribution ; en ça, cela peut sembler similaire à ce qui se passe pour un logiciel pour Windows.
Dans le cas de Appimage par exemple, un logiciel entier peut être embarqué dans un unique fichier d’archives, et exécuté directement après avoir rendu exécutable ce fichier. On pourrait rapprocher ce concept de celui des logiciels portables pour Windows.
Suivant la technologie de lot applicatif, les interactions avec le système hôte sont plus ou moins présentes et l’environnement d’exécution est plus ou moins étanche. L’intégration avec l’environnement existant est également plus ou moins poussée.
L’avantage principal est de rendre disponible un logiciel sans attendre qu’il soit packagé pour une distribution donnée. Le prix à payer reste une intégration plus limitée et des paquets plus lourds en espace disque.
Foire aux questions
Quelle commande pour installer un logiciel sous Ubuntu ?
La commande standard est sudo apt install nom_du_paquet. Lancez au préalable sudo apt update pour rafraîchir la liste des paquets disponibles. Le mot-clé sudo donne les droits administrateur nécessaires à l’installation système.
Comment installer un paquet .deb téléchargé manuellement ?
Utilisez la commande sudo apt install ./chemin/vers/paquet.deb. apt gère alors les dépendances du paquet téléchargé. L’ancienne méthode sudo dpkg -i paquet.deb fonctionne également mais ne résout pas automatiquement les dépendances manquantes.
Quelle différence entre apt et apt-get ?
apt est une interface moderne et simplifiée pour l’utilisateur, introduite avec Ubuntu 16.04. apt-get reste disponible pour les scripts et offre des options plus fines. Pour un usage en ligne de commande quotidien, apt est aujourd’hui la commande recommandée.
Snap, Flatpak ou AppImage : lequel choisir ?
Snap est naturel sous Ubuntu, Flatpak sous Fedora et de nombreuses autres distributions. AppImage reste utile pour les logiciels portables, sans installation. Aucun ne remplace totalement le gestionnaire natif de votre distribution pour les applications système.
Comment mettre à jour tous les logiciels sous Linux ?
Sous Debian/Ubuntu : sudo apt update && sudo apt upgrade. Sous Fedora : sudo dnf upgrade. Sous openSUSE : sudo zypper update. La plupart des environnements de bureau proposent aussi une application graphique de mise à jour qui effectue ces commandes en un clic.
Comment désinstaller un logiciel sous Linux ?
Sous Ubuntu : sudo apt remove nom_du_paquet désinstalle le logiciel mais conserve ses fichiers de configuration. sudo apt purge nom_du_paquet supprime également la configuration. Pour libérer les dépendances devenues inutiles, terminez par sudo apt autoremove.
Que faire si une dépendance bloque l’installation ?
Lancez d’abord sudo apt update pour rafraîchir la liste des paquets. Si le problème persiste, sudo apt install -f tente de réparer les dépendances cassées. Vérifiez également que les dépôts activés sont bien compatibles avec votre version de distribution.





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