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Comment jouer à des jeux vidéo sous Linux ?

Par Julien Roland , le 05/04/2026 , mis à jour le 27/04/2026 - 28 minutes de lecture
Ludothèque Lutris avec plusieurs jeux installés sous Linux

Dans un précédent article consacré aux alternatives à Windows qui présentait un certain nombre de logiciels sous Linux capables de remplacer leurs équivalents sous Windows, il était question du jeu vidéo sous Linux comme frein possible à une migration complète de l’ordinateur familial vers une distribution Linux. À l’époque, faire tourner sous Linux les derniers blockbusters (les triple A) créés pour Windows demandait des efforts et de la patience, pas toujours récompensés.

Depuis, les choses ont beaucoup évolué. Le Steam Deck de Valve a démocratisé le jeu sous Linux, et la couche de compatibilité Proton permet de faire tourner une large majorité de jeux Windows sans configuration. Dans cet article, nous allons voir comment jouer sous Linux, en nous intéressant à Lutris, un logiciel libre qui centralise l’installation et le lancement de vos jeux.

Les exemples et copies d’écran présentés dans cet article proviennent d’une installation de la distribution Ubuntu. Si vous souhaitez installer Ubuntu en parallèle de Windows, vous pouvez consulter notre tutoriel sur le double boot Windows / Ubuntu.

📌 L’essentiel à retenir

Pour jouer à des jeux vidéo sous Linux, le logiciel libre Lutris centralise l’installation et le lancement de vos jeux dans une ludothèque unique. Il s’appuie sur des runners comme Wine, Steam ou Proton (la couche de compatibilité de Valve) pour faire tourner des jeux Windows sous Linux, y compris sur Ubuntu. L’installation des pilotes graphiques propriétaires (NVIDIA, AMD) reste un prérequis pour obtenir les meilleures performances.

Préparer son matériel pour jouer sous Linux

Avant de se lancer dans le vif du sujet, il va falloir s’intéresser au support du matériel, notamment graphique, qui est souvent un élément clé pour le jeu, en vérifiant que le système utilise les drivers les plus optimaux.

Installer les pilotes propriétaires de la carte graphique

De nombreux jeux nécessitent l’utilisation d’une carte accélératrice 3D pour fonctionner correctement. Il existe des pilotes libres pour ce genre de cartes, intégrés au noyau Linux, et développés par rétro-ingénierie car les spécifications des cartes ne sont pas publiées par les fabricants. Que ce soit pour AMD ou pour NVIDIA, ces pilotes libres ont atteint des niveaux de qualité remarquables (comme l’excellent module « nouveau » pour les cartes NVIDIA), et conviennent dans la plupart des cas, sauf peut-être si votre carte graphique est très récente.

Cependant, les fabricants de puces graphiques ont également la bonne pratique de développer des drivers Linux pour leurs cartes. Ces drivers ne sont certes pas open source, mais prétendent nous apporter l’intégralité des fonctionnalités pouvant être offertes par la version Windows de leurs drivers. Ils peuvent nous permettre de maximiser nos chances de succès dans notre quête du jeu sous Linux.
C’est donc ce qui sera choisi ici.

Pour cet article, la carte nvidia utilisée sera pilotée par le driver non open source développé par son fabricant pour Linux. Lors de l’installation de Ubuntu, celui-ci sera installé et configuré de manière simplissime en cochant la case « installer un logiciel tiers pour le matériel graphique » lors des réglages du type d’installation.

Installation d'Ubuntu : cocher l'option pour installer les pilotes propriétaires de la carte graphique
Utilisation des pilotes propriétaires dès l’installation d’Ubuntu

Si vous ne savez pas si vous utilisez le driver open source ou le driver propriétaire pour votre carte graphique nvidia sur votre système, vous pouvez le vérifier en listant les modules chargés (ce sont les drivers) par le noyau Linux, et en filtrant les résultats avec le mot clé « nvidia ».

lsmod | grep nvidia

Commande lsmod pour vérifier si le pilote NVIDIA est chargé sous Linux
La commande lsmod nous permet de voir si le module (le pilote) nvidia est chargé

Si il y a un résultat, c’est que le driver propriétaire de nvidia est installé et utilisé sur le système. Si ce n’est pas le cas, il faudra procéder à son installation. Cette installation se fait relativement simplement en quelques étapes simples :

Dans le gestionnaire de configuration des mises à jour:

Ouvrir le gestionnaire Logiciels et mises à jour sous Ubuntu pour installer les pilotes graphiques

Se rendre à l’onglet « Pilotes additionnels« , choisir le driver nvidia recommandé et appliquer les changements.

Onglet Pilotes additionnels sous Ubuntu : sélection du pilote NVIDIA propriétaire
Le gestionnaire détecte le matériel nvidia, et propose les pilotes adaptés

Il ne reste plus qu’à redémarrer l’ordinateur pour charger le module au prochain démarrage.

Périphériques gaming : clavier, souris et casque sous Linux

De nombreux joueurs sur PC disposent de périphériques tels que claviers, souris ou micro-casques, spécialement étudiés pour le jeu. Ces périphériques particuliers dédiés aux jeux sont souvent programmables (pour associer des macro-commandes à certains boutons par exemple), disposent de réglages de sensibilité particuliers, ou bien encore présentent des éclairages RGB personnalisables. Malheureusement, la plupart du temps, ces fonctionnalités ne sont accessibles qu’à travers des logiciels développés pour Windows.

Il est peut-être possible de faire fonctionner ces utilitaires avec Wine, mais j’avoue ne pas avoir de retour d’expérience sur ce point, et je doute que la couche Wine autorise bien l’accès direct aux périphériques comme le nécessitent souvent de tels utilitaires.
Certaines initiatives open source existent, comme par exemple OpenRazer prenant en charge un grand nombre de périphériques du célèbre fabriquant Razer, mais de telles initiatives semblent bien peu nombreuses.

Une alternative efficace est de soigneusement choisir son matériel, en préférant des périphériques pleinement utilisables sans drivers particuliers, ou disposant de mémoire interne stockant une bonne fois pour toutes les réglages effectués avec le logiciel dédié. Ainsi, leur dépendance à cet éventuel logiciel est faible voire inexistante. Cette quête n’est pas insurmontable : en effet, il existe de très nombreux périphériques provenant de nombreuses grandes et petites marques, toutes reconnues dans le monde du jeu vidéo sur PC et répondant à ces contraintes. Ce sujet n’étant pas la problématique principale de cet article, nous n’irons pas plus loin dessus, mais il pourra être développé plus tard si besoin.

Lutris : installer et lancer ses jeux sous Linux

Lutris est un logiciel libre dont le développement fut à l’initiative en 2009 d’un développeur Franco-Américain : Mathieu Comandon.

L’objet de ce logiciel n’est pas de faire tourner les jeux lui-même, mais de présenter sous forme de ludothèque une collection des jeux installés sur la machine. Mais bien plus que cela, Lutris nous propose de nous faciliter les tâches d’installation et de lancement de tout  ces jeux, en fournissant des scripts d’installation personnalisés pour chaque jeu, et chaque plateforme. Ces scripts sont maintenus par la communauté, comme bien souvent dans le monde open source.

Enfin, Lutris propose une intégration avec plusieurs plateformes de commercialisation en ligne de jeux, telles que Steam ou GOG, permettant ainsi de gérer les ludothèques associées en son sein.

Comment fonctionne Lutris ?

Plutôt bien ! :)

Blague à part, Lutris repose sur ce qu’il appelle des « runners » (qu’on pourrait traduire par « exécutants »). Ce sont eux qui font tourner le jeu. Ils ne font pas partie du projet Lutris, mais Lutris sait les piloter, et même les installer automatiquement si besoin. On y trouve pêle-mêle le client Steam natif Linux, toutes sortes d’émulateurs de consoles, des émulateurs de vieux systèmes comme le DOS, ou encore Wine, le runner dédié aux jeux Windows, capable de prendre en charge l’installation du client Steam pour Windows.

Nous allons nous intéresser à quelques-uns de ces runners par la suite, mais dans un premier temps il nous faut installer Lutris.

Installation de Lutris

Lutris n’est pas encore disponible dans les dépôts logiciels Ubuntu. Pour l’installer, comme expliqué dans la documentation, il va falloir ajouter un nouveau dépôt à la liste des dépôts utilisables par notre gestionnaire de paquets. Cela se fait en tapant les trois commandes suivantes dans un terminal de commandes :

sudo add-apt-repository ppa:lutris-team/lutris
Installation de Lutris avec la commande apt-get install sous Ubuntu

Cette commande réalise l’ajout du dépôt de packages logiciels à la liste des dépôts de notre gestionnaire de paquets.
(appuyer sur la touche Entrée quand c’est demandé)

sudo apt-get update
apt update

Cette commande demande au gestionnaire de paquets apt de mettre à jour la liste des logiciels, pour prendre en compte le nouveau dépôt. Il est possible que suite à ça le gestionnaire de paquets indique qu’il y a des mises à jour à faire.

sudo apt-get install lutris
Quake Champions installé et prêt à être lancé dans Lutris sous Linux

Cette commande installe Lutris et toutes ses dépendances. Cette fois-ci c’est le gestionnaire de paquets apt qui est utilisé pour installer le logiciel, à la place de Ubuntu software.

Note : Pour plus de détails sur ce qu’est un dépôt ou un gestionnaire de paquets, on peut se référer à mon article présentant ceux-ci.

Une fois Lutris installé, nous allons passer à la partie vraiment miraculeuse.

premier lancement lutris
L’interface de Lutris, fraîchement installée.

Alternative : Lutris est aussi disponible sous forme de paquet Flatpak, ce qui permet de l’installer sur n’importe quelle distribution Linux récente (Ubuntu, Fedora, Linux Mint, etc.) avec une seule commande :

flatpak install flathub net.lutris.Lutris

Le Flatpak a l’avantage d’être toujours à jour, indépendamment de la version de votre distribution. Si vous n’avez pas encore Flatpak sur votre système, consultez notre article sur l’installation de logiciels sous Linux qui aborde les différentes méthodes disponibles.

La base de données de jeux sur lutris.net

En effet, Lutris met à disposition par l’intermédiaire de son site internet une base de connaissance portant sur de nombreux jeux. On y trouve un moteur de recherche en haut à droite, dans lequel taper des noms de jeux qui nous intéressent. Cette base de données est vraiment impressionnante, et la grosse majorité des recherches que j’ai effectuées sur des jeux de moins de 20 ans ont trouvé un résultat. Le taux de réussite sur des jeux bien plus vieux (ceux de mon enfance par exemple, sur Amiga) est moins élevé, mais reste très honorable avec plus de 170 références.

Installer Quake Champions sous Linux avec Lutris

Premier cas pratique, avec le jeu Quake Champions de l’éditeur Bethesda. Ce jeu est développé par le mythique studio id Software. Ce jeu qui est assez récent (2017), est exclusivement développé pour Windows. C’est l’occasion de mettre à l’épreuve le runner de Lutris adéquat pour la situation : Wine.
Pour rappel Wine est un logiciel qui permet de faire fonctionner des logiciels pour Windows sous Linux, en redirigeant les appels systèmes Windows des logiciels vers leurs équivalents sous Linux. Wine présente aussi à l’application une arborescence de fichiers typique d’un système Windows, et tout ceci fait que l’application se croit vraiment tourner sous Windows.

Il existe de nombreuses version de Wine qui cohabitent dans l’écosystème, car chaque logiciel ou jeu pour Windows fonctionnera mieux avec une version précise de Wine. C’est d’ailleurs là où réside une des forces de Lutris : non seulement Lutris sait faire cohabiter plusieurs versions de Wine, mais il les installe automatiquement en cas de besoin et de plus, Lutris sait quelle est la meilleure version de Wine à utiliser avec un jeu donné.

Quake Champions est accessible par le magasin de jeux Steam, il faudra donc que la version Windows de Steam soit installée en préambule comme runner pour Lutris. Qu’à cela ne tienne, ça se fait en quelques clics directement dans l’interface de Lutris. On appelle la fenêtre de gestion des runners en cliquant sur la roue crantée dédiée.

manager les runners

Dans la fenêtre de gestion des runners, on descend jusqu’à trouver la ligne correspond au client Steam pour Windows et on clique sur le bouton installer.

installation runner steam windows

Le reste de l’installation se déroule semi automatiquement.

téléchargement steam windows
Téléchargement automatique de Wine qui prendra en charge le client Steam pour Windows.

Wine exécute automatiquement la procédure d’installation du client Steam Windows, et il est possible qu’il sollicite l’utilisateur pour installer des modules supplémentaires: il suffit de cliquer sur « installer » pour que la procédure se poursuive.

installation wine mono
Wine demande l’autorisation d’installer le paquet wine-mono, qui permet de faire fonctionner les applications écrites en .NET.
installation gecko
Requête d’installation du moteur gecko pour permettre l’affichage du code web éventuellement contenu dans les applications. Dans mon cas, cette requête est apparue deux fois.

Le runner Steam pour Windows est prêt une bonne fois pour toute (il n’y aura pas besoin de recommencer son installation à chaque jeu le nécessitant). On va le lancer une première fois pour se connecter à la plateforme Steam avec son identifiant et mot de passe, en cliquant sur le bouton « triangle play » du runner.

premier lancement steam
Premier lancement de Steam pour Windows. Ca sera l’occasion de mettre à jour Steam (automatiquement) et de s’y connecter avec son compte.
fin installation Steam windows
Le client Steam pour Windows se met à jour au premier lancement.

L’étape suivante consiste à se rendre sur la page de lutris.net dédiée à Quake Champions, ce qui se fait aisément avec une petite requête sur le moteur de recherche du site.

On remarque que deux runners sont disponibles avec Lutris pour Quake Champions : le runner Steam Windows (celui qu’on va utiliser) et le runner Steam « proton version » (nous en reparlerons plus loin). L’information importante ici, c’est le niveau de qualité d’exécution : Platinium pour les deux runners. Cela signifie que peu importe le runner utilisé pour jouer avec Quake Champions, Lutris nous promet qu’il sera installé et fonctionnera sans aucun accroc. L’installation se prépare après avoir cliqué sur le bouton « install » correspondant au runner désiré.

quake champions lutris.net

Lorsque le navigateur demande avec quel logiciel ouvrir ce type de lien, on lui indique de le faire avec l’application Lutris.

ouvrir avec lutris
installation quake champions avec steam pour windows

A partir de là, la suite des opérations est confiée au runner choisi, ici Steam pour Windows.

ajout quake champion Lutris

Tout se passe ensuite comme si le client Steam tournait sous Windows, et on pourra se rendre dans la rubrique téléchargements de celui-ci pour surveiller le téléchargement de notre jeu.

ajout quake champions à la bibliothèque steam
Ajout de Quake Champions à la librairie Steam.
création des fichiers locaux du jeu
Préparation des fichiers avant le téléchargement du jeu.
téléchargement quake champions
Téléchargement du jeu depuis le client Steam pour Windows.

Une fois le téléchargement terminé, le jeu est installé et apparaît dans notre bibliothèque Lutris.

Installer Quake Live avec Steam et Proton

Quake Live est un autre mastodonte du genre FPS rapide orienté arcade, développé par le même studio que Quake Champions.
Un petit tour sur la page qui lui est dédiée sur lutris.net nous montre que lui aussi peut être exécuté par deux runners différents.

quake live sur lutris.net

Mais cette fois-ci, on remarque que l’un d’entre eux est Platinium, alors que l’autre est « seulement » Gold. Le niveau Gold signifie que le jeu fonctionnera parfaitement, au prix de quelques réglages, ce qui n’est pas trop coûteux. Mais puisqu’avec Lutris, nous sommes rentrés dans l’ère du choix et du luxe, nous allons choisir le runner qui propose à priori la meilleure expérience : ici c’est la version native de Steam pour Linux. Ce qui n’est pas sans poser une question somme toute pertinente : pourquoi le Steam pour Linux serait le meilleur runner pour faire tourner Quake Live alors que c’est un jeu pour Windows ?
Et bien parce que le client Steam pour Linux embarque le composant proton, qui permet d’exécuter des jeux Windows sous Linux. En fait, proton est une version particulière de Wine, maintenue par la société Valve, qui développe Steam.

Steam / proton est un runner dont l’installation n’est pas prise en charge par Lutris. Nous allons devoir l’installer nous-même, en préambule. Cela se passe sans douleur.
On se rend sur la page de téléchargement du client Steam, et on récupère le package debian d’installation du client.

téléchargement steam proton
La page de téléchargement du client Steam pour Linux.
enregistrement paquet deb

Après l’avoir téléchargé, il faut l’ouvrir avec un utilitaire capable d’installer des paquets. On fait ça en cliquant avec le bouton droit sur le fichier .deb téléchargé, et en choisissant « ouvrir avec une autre application » dans le menu contextuel.

ouvrir avec

On choisi ensuite l’application « installation de l’application » et on clique sur sélectionner.

installation steam proton

Il suffit ensuite de cliquer sur installer.

installation steam proton

Une fois l’installation terminée, le runner Steam/proton pour Linux est disponible dans Lutris (ne pas hésiter à fermer puis ouvrir de nouveau Lutris pour le faire apparaître).

Proton n’étant pas activé par défaut, il faut se rendre dans les paramètres du client Steam pour Linux, à la rubrique « Steamplay », et cocher les deux cases optionnelles. Ce sera l’occasion de le lancer une première fois et de s’y connecter avec son compte.

lancement du runner steam proton
Premier lancement du client Steam natif Linux.
activation moteur proton
Activation du moteur proton dans les préférences du client Steam pour Linux.

De la même façon que pour le runner Steam pour Windows, l’installation du runner Steam/proton est réalisée une bonne fois pour toutes. On peut à présent passer à l’installation à proprement parler de Quake Live en retournant sur la page Quake Live de lutris.net, et en cliquant sur le bouton « install » correspondant au runner Steam/proton que l’on vient d’installer.

quake live dans lutris.net

La suite de l’installation se passe de façon similaire à l’exemple précédent, et à la fin de l’installation Quake Live est disponible dans notre bibliothèque Lutris.

lutris avec les deux quake
Quake Live est désormais disponible dans notre ludothèque Lutris.
quakelive présentation gnome
Quake Live, dans le mode « présentation » de Gnome.

Jouer à des jeux rétro sous Linux avec les émulateurs

En effet, Lutris sait utiliser d’autres logiciels permettant de faire tourner des jeux en tant que runners. On pourra citer parmi eux de nombreux émulateurs de consoles de toutes générations (à l’exception de la génération actuelle), ou bien encore des émulateurs de vieux PC comme DOSBox. Une nouvelle fois, ces logiciels n’ont pas fondamentalement besoin de Lutris pour faire tourner les applications et jeux pour lesquels ils sont faits, mais Lutris nous simplifie tellement les tâches d’installation, de configuration et de maintenance de tous ces composants que ce serait dommage de s’en passer. Tout ça en plus de tout regrouper dans une seule interface, comme un juke-box de jeux en quelque sorte.

L’ajout de ces runners supplémentaires est simplissime, par l’intermédiaire du panneau de gestion des runners.

day of the tentacle
Le cultissime Day of the Tentacle, tournant grâce au runner DOSBox. Le tout est affiché dans le mode « présentation » de Gnome.

Heroic Games Launcher : une alternative pour GOG et Epic Games

Si vous achetez vos jeux sur GOG ou sur l’Epic Games Store, le Heroic Games Launcher est une alternative à Lutris qui mérite le détour. Ce logiciel libre, développé spécifiquement pour ces deux plateformes, offre une interface soignée, la synchronisation des sauvegardes cloud GOG et une intégration directe de Proton ou Wine pour faire tourner les jeux Windows. Là où Lutris brille par sa polyvalence (émulateurs, scripts personnalisés, multiples runners), Heroic se concentre sur GOG et Epic avec une approche plus clé en main.

Stabilité et bugs rencontrés

Rien à signaler dans le cadre des applications présentées ici. Les deux quake fonctionnent à la perfection (même si Quake Champions est un peu rude pour les capacités de ma vieille machine…) comme nous le promettait la base de données de lutris.net en qualifiant Platinium ces deux jeux.

Si on prend l’exemple de Rage, qui est un autre jeu id Software que j’aime beaucoup, la base de données Lutris ne lui attribut aucun classement, parce qu’actuellement il ne fonctionne qu’avec les configurations équipées de cartes nvidia ; ce qui est mon cas. Si on est dans cette configuration, le jeu fonctionne alors parfaitement.

Les jeux en ligne et l’anti-triche sous Linux

Un obstacle longtemps rédhibitoire pour les joueurs en ligne sous Linux était le système anti-triche. Les jeux multijoueurs compétitifs utilisent des logiciels comme EasyAntiCheat ou BattlEye pour empêcher la triche, et ces outils ne fonctionnaient pas sous Wine ou Proton. Depuis 2022, les deux éditeurs ont ajouté un support officiel pour Linux via Proton. Le hic : c’est aux développeurs de chaque jeu d’activer ce support. Certains l’ont fait (comme Elden Ring, Apex Legends ou Dead by Daylight), d’autres traînent encore les pieds. Avant d’acheter un jeu en ligne, vérifiez sa compatibilité Linux sur ProtonDB ou sur AreWeAntiCheatYet.

Le Steam Deck a changé la donne pour le jeu sous Linux

Depuis la sortie du Steam Deck en 2022, la console portable de Valve qui tourne sous SteamOS (un système basé sur Linux), le jeu sous Linux a pris une autre dimension. Valve a massivement investi dans Proton, sa couche de compatibilité, pour que les jeux Windows tournent sans accroc sur le Deck. Résultat : des milliers de jeux sont devenus compatibles avec Linux, et les développeurs de jeux intègrent de plus en plus le support de Proton dans leurs titres.

Cet engouement a aussi fait naître des distributions Linux spécialisées dans le jeu. Des projets comme Nobara (basée sur Fedora) ou Bazzite (basée sur Fedora Atomic) intègrent d’emblée Steam, Lutris, les pilotes graphiques et un noyau optimisé pour la faible latence. Si Ubuntu reste un choix solide et polyvalent, ces distributions gaming peuvent vous faire gagner du temps à l’installation. Les amateurs de machines anciennes pourront aussi s’orienter vers des distributions Linux légères pour redonner vie à un vieux PC, même si le jeu récent y sera limité.

Les performances des jeux sous Linux comparées à Windows

C’est une question qu’on peut logiquement se poser pour les exemples présentés ci-dessus. Car si on peut s’attendre à bénéficier des performances maximales autorisées par notre matériel pour les jeux fonctionnant nativement sous Linux (rappelons que nous utilisons ici les drivers du constructeur de la puce graphique), on peut légitimement se demander si la couche logicielle (Wine) qui permet la compatibilité avec le jeux Windows ne fait pas baisser les performances.

C’est ce qu’on va tâcher de vérifier ici. Les mesures ayant été faites sur une machine relativement ancienne, il faudra prendre les résultats avec un certain recul.
Pour réaliser ces mesures, les logiciels de benchmark de la société Unigine ont été utilisés : ce sont heaven, valley et superposition. Il ont été choisis car ils sont disponibles nativement sous Windows et sous Linux. Ceci nous autorisera donc à comparer les performances natives Windows et Linux entre elles, ainsi qu’avec les performances de la version Windows tournant sous Linux à travers Wine.

Il conviendra de noter également qu’entre Windows et Linux, les versions du pilote nvidia utilisées, bien que très proches et récentes toutes les deux, ne sont pas strictement identiques (version 445 pour Windows, et 440 pour Linux) ce qui peut altérer légèrement les résultats.
Enfin, les réglages utilisés dans les différents tests n’ont pas vraiment d’intérêt à être exposés ici. Il faut juste savoir qu’ils ont été rigoureusement identiques entre les trois plateformes. Par ailleurs, les benchmarks ont été lancés en utilisant la librairie graphique 3D OpenGL dans tous les cas (cette librairie étant disponible sous Linux aussi bien que sous Windows).

Les résultats sont mesurés en images débitées par l’application à chaque seconde (FPS, ou « frames per seconds »).

Comparaison des performances en FPS entre Linux natif, Windows natif et Windows via Wine
Les performances délivrées par notre plateforme de test dans les 3 benchmarks Unigine, sous les trois environnements Linux, Windows et Windows sous Linux via Wine.

On constate en premier lieu que sur deux des trois benchmarks, les performances sous Linux sont en retrait de 17 à 25 % par rapport à  Windows, ce qui est assez conséquent. De manière surprenante, le benchmark superposition, qui est le plus récent, montre quant à lui également une différence bien nette de l’ordre de 15 %, mais cette fois-ci en faveur de la version Linux.

Ces premiers résultats laissent supposer que les versions des benchmarks pour Windows mais exécutés sous Linux à travers Wine seront également en retrait par rapport à leur exécution native sous Windows. Ce qui est effectivement le cas, avec des écarts de respectivement 20 %, 40 % et 5 %. Une première conclusion que l’on peut tirer de ces chiffres, est que suivant l’application et donc suivant le jeu, les différences de performances entre les deux plateformes (natif Windows, ou via Wine) peuvent aussi bien être négligeables (5 % d’écart avec superposition) que très conséquentes (40 % d’écart avec valley).
Une autre conclusion qu’on peut tirer est l’efficacité indiscutable de Wine, qui offre pour certaines applications des performances très proches des performances natives Linux (2 % d’écart pour heaven) mais qui subit des variances importantes quand même pour d’autres (13 % et 22 % pour les deux autres benchmarks).

Pour un travail plus complet, on pourra se référer à cet article dont l’auteur a entreprit de faire le même genre de comparaison Windows / Linux, de manière plus exhaustive. Il a utilisé plusieurs jeux dont le portage a été réalisé sous Linux.

L’impact de Vulkan, DXVK et VKD3D sur les performances

Les benchmarks présentés ci-dessus utilisaient l’API graphique OpenGL, qui était la référence en 2020. Depuis, l’API Vulkan s’est imposée comme le standard pour le jeu sous Linux. Les composants DXVK et VKD3D, intégrés à Proton, traduisent les appels DirectX 9/10/11 et DirectX 12 en appels Vulkan natifs. Cette traduction est très efficace : sur la plupart des jeux récents, l’écart de performances entre Linux (via Proton) et Windows est devenu négligeable, souvent inférieur à 5 %.

Les pilotes graphiques NVIDIA et AMD pour Linux ont aussi gagné en maturité. NVIDIA propose des pilotes open source en parallèle de ses pilotes propriétaires, et AMD a fait le choix du pilote libre AMDGPU intégré au noyau Linux, qui offre un excellent support dès l’installation. Les cas où le jeu sous Linux accusait 20 à 40 % de pertes par rapport à Windows appartiennent largement au passé.

Mise à jour 2026 : les benchmarks présentés ci-dessus ont été réalisés en 2020 avec l’API graphique OpenGL. Depuis, l’écosystème a beaucoup progressé. Les couches de traduction DXVK (DirectX 9/10/11 vers Vulkan) et VKD3D (DirectX 12 vers Vulkan), intégrées à Proton, permettent d’obtenir des performances très proches de Windows, et parfois supérieures. Les pilotes graphiques NVIDIA et AMD pour Linux ont gagné en maturité, réduisant les écarts constatés à l’époque. Si vous jouez via Steam avec Proton activé, les différences de performances sont devenues négligeables sur la plupart des titres récents.

Jouer sous Linux : le bilan

Jouer sous Linux n’a jamais été aussi accessible. Lutris simplifie l’installation des jeux en choisissant automatiquement la meilleure version de Wine pour chaque titre. Steam, grâce à Proton, rend la plupart des jeux Windows jouables sous Linux sans manipulation. Et l’arrivée du Steam Deck a poussé Valve à améliorer la compatibilité de milliers de jeux.

Ludothèque Lutris complète avec plusieurs jeux Windows fonctionnels sous Linux

Deux points méritent votre attention. Le premier concerne les performances : l’écart avec Windows s’est réduit, mais il peut subsister sur certains titres, surtout avec du matériel ancien ou des jeux qui n’utilisent pas Vulkan. Le second concerne les périphériques de jeu (clavier, souris, casque) : certains dépendent encore de logiciels de configuration disponibles uniquement sous Windows. Pensez-y si vous êtes en phase d’achat.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la sécurisation de votre machine de jeu sous Linux, vous pouvez consulter nos articles sur l’installation d’un pare-feu sous Linux et sur l’installation d’un antivirus sous Linux.

Questions fréquentes sur le jeu vidéo sous Linux

Peut-on jouer à tous les jeux Windows sous Linux ?

Pas à tous, mais la compatibilité a fait un bond ces dernières années. Grâce à Proton (intégré à Steam) et à Wine, plus de 80 % des jeux les plus populaires sur Steam fonctionnent sous Linux sans configuration particulière. Vous pouvez vérifier la compatibilité d’un jeu sur le site ProtonDB.

Quelle distribution Linux choisir pour jouer ?

Ubuntu reste un choix solide pour débuter, grâce à sa large communauté et son support matériel étendu. Des distributions spécialisées comme Nobara (basée sur Fedora) ou Pop!_OS intègrent les pilotes graphiques et les outils de jeu dès l’installation.

Lutris est-il gratuit ?

Oui. Lutris est un logiciel libre et gratuit, distribué sous licence GPL. Son code source est disponible sur GitHub, et sa base de données de scripts d’installation est maintenue par la communauté.

Faut-il une carte graphique puissante pour jouer sous Linux ?

Les exigences matérielles sont les mêmes que sous Windows. L’installation des pilotes propriétaires (NVIDIA ou AMD) est recommandée pour obtenir les meilleures performances. Sous Ubuntu, cette installation se fait en quelques clics via l’onglet Pilotes additionnels du gestionnaire de mises à jour.

Qu’est-ce que Proton et en quoi diffère-t-il de Wine ?

Proton est une version de Wine développée et maintenue par Valve (l’éditeur de Steam). Il intègre des composants comme DXVK et VKD3D qui traduisent les appels DirectX en Vulkan, ce qui améliore les performances par rapport à Wine seul. Proton est activé dans les paramètres de Steam sous la rubrique Steam Play.

Les jeux en ligne avec anti-triche fonctionnent-ils sous Linux ?

Depuis 2022, les systèmes anti-triche EasyAntiCheat et BattlEye prennent en charge Linux via Proton. Le support reste à la discrétion de chaque développeur de jeu : certains l’ont activé (comme Elden Ring ou Apex Legends), d’autres non.

Cet article initialement publié en 2020 a été entièrement revu et corrigé pour tenir compte des évolutions majeures liées au sujet !

Tux, la mascotte du noyau Linux. (c) Larry Ewing

Julien Roland

Technicien systèmes et réseaux depuis plus de 15 ans, je travaille au sein des infrastructures informatiques d'une entité de plusieurs milliers d'utilisateurs. Convaincu du fait qu'il existe des produits d'excellence à la fois issus du monde propriétaire et du monde open source, j'aime butiner dans les deux. Cependant j'ai une appétence particulière pour les logiciels libres de par leur esprit d'universalité et de partage. Mes contributions passent par le partage et la transmission des mes connaissances et expériences, mais aussi par l'aide et le conseil que je peux apporter autour de moi.

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