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Prix des cartes graphiques : pourquoi ça grimpe et faut-il acheter maintenant ?

Par Steve Chevillard , le 10/08/2026 - 12 minutes de lecture
Carte graphique de PC illustrant la hausse des prix des cartes graphiques en France

📌 L’essentiel à retenir

Le chiffre de 40 % de hausse est réel, mais il vient du Japon. En France, les relevés de début août montrent plutôt 2 à 6 % sur le milieu de gamme, et deux modèles ont même légèrement baissé. La cause de fond, elle, est mondiale : la mémoire GDDR7 part vers les serveurs d’IA et NVIDIA en est à sa troisième révision tarifaire en un an. Mon conseil : n’achetez pas dans l’urgence, mais si votre décision était déjà prise, ne la repoussez pas de six mois.

Vous avez sans doute vu passer le chiffre cette semaine : jusqu’à 40 % de hausse sur les cartes graphiques. De quoi annuler net un projet de PC de rentrée. Sauf que ce chiffre vient du Japon, et qu’en France, la réalité des étiquettes est nettement moins spectaculaire.

Ça ne veut pas dire que tout va bien. Les prix montent, la cause est solide et elle ne va pas disparaître avant plusieurs trimestres. Mais entre la panique et l’achat réfléchi, il y a de la marge. Je vous donne les vrais tarifs relevés en euros, la mécanique qui les pousse vers le haut, et ce que je ferais à votre place selon ce que vous comptiez acheter.

Prix des cartes graphiques : ce qui s’est vraiment passé début août

Le point de départ est réel. Gigabyte a relevé ses tarifs de 20 à 40 % au 1er août, au point qu’un revendeur japonais, CFD-BIZ, a prévenu qu’il ne pourrait peut-être pas honorer certaines précommandes passées avant cette date. ASUS et Gigabyte ont appliqué une hausse d’environ 20 % en Chine.

Voilà le détail que les reprises ont perdu en route : ces annonces concernent le Japon et la Chine. Ni la France ni l’Europe ne sont citées dans le communiqué du revendeur ni dans les relevés d’origine. En amont, NVIDIA a bien notifié à ses partenaires assembleurs une hausse du prix des kits GPU, mais sans en préciser publiquement ni l’ampleur ni les modèles. Les remontées des assembleurs évoquent 20 à 30 % sur toute la gamme RTX 50, et même quelques RTX 40 équipées de GDDR6, sans que rien ne soit officiel.

Alors regardons les étiquettes françaises plutôt que les communiqués. Voici les relevés de début août, avant et après :

ModèleAvantAprèsÉcart
GeForce RTX 5060319,90 €339,90 €+20 € (+6,3 %)
GeForce RTX 5060 Ti 16 Go599,90 €614,90 €+15 € (+2,5 %)
GeForce RTX 5070639,90 €634,90 €-5 €
GeForce RTX 5070 Ti929,90 €969,90 €+40 € (+4,3 %)
GeForce RTX 50904 299,90 €4 199,90 €-100 €

On est loin des 40 %. La hausse française tourne autour de 2 à 6 % sur le milieu de gamme, et deux modèles ont même légèrement baissé. Ce qui ne rend pas la situation rassurante pour autant, parce que la pression qui produit ces chiffres n’a pas encore fini de se transmettre jusqu’à nos rayons.

Pourquoi ça monte : la mémoire, encore et toujours

Barrettes de RAM DDR5 dont le prix a explosé en France, illustrant la pénurie de mémoire en 2026

La cause est la même que celle qui a fait flamber la RAM cet été, et je l’avais détaillée dans mon article sur le prix de la RAM DDR5. Samsung, SK Hynix et Micron réorientent leurs lignes de production vers la mémoire à haute bande passante destinée aux centres de données d’intelligence artificielle. La GDDR7, celle qui équipe les cartes graphiques, passe au second plan.

Le résultat chiffré circule beaucoup, et il mérite d’être manié avec des pincettes. Selon des relevés attribués à des distributeurs chinois et repris par la presse spécialisée, une puce GDDR7 de 3 Go coûterait aujourd’hui entre 60 et 70 dollars, contre une vingtaine pour une puce de 2 Go. Pour une RTX 5070 et ses 12 Go, la facture mémoire dépasserait 240 dollars sur une carte vendue autour de 635 €. Ces montants ne sont pas confirmés par les fabricants et je les cite comme un ordre de grandeur, pas comme une comptabilité.

Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est le rythme. NVIDIA en est à sa troisième révision tarifaire en un an : une première de l’ordre de 10 à 15 % en janvier, une deuxième en mai limitée au haut de gamme, et celle de juillet qui touche cette fois toute la gamme RTX 50. Les assembleurs encaissent aussi la hausse des circuits imprimés, des systèmes de refroidissement et des emballages. Trois révisions en douze mois, ce n’est plus un accident, c’est une tendance.

Faut-il acheter maintenant ? Ma réponse par profil

Carte graphique ASUS installée dans un PC de bureau, concernée par la hausse des prix
Une carte graphique ASUS

Votre carte actuelle tient encore la route

Attendez. Rien dans les chiffres français ne justifie d’acheter dans l’urgence une carte dont vous n’avez pas besoin aujourd’hui. Une hausse de 20 € sur une RTX 5060, c’est le prix d’un jeu en promotion, pas une raison de sortir 340 € six mois plus tôt que prévu. C’est le même raisonnement que j’appliquais au passage au Wi-Fi 7 : une nouveauté qui coûte plus cher ne devient intéressante que le jour où votre matériel actuel vous freine réellement. La panique est mauvaise conseillère et les vendeurs le savent très bien.

Vous aviez prévu d’acheter cette rentrée

Achetez, mais vite et sans monter en gamme. Si votre décision était déjà prise, la fenêtre actuelle est correcte : la hausse est encore modeste en France et la tendance de fond est haussière. Petit conseil : visez le modèle dont vous avez besoin, pas celui d’au-dessus. Et si vous montez une machine complète, le même arbitrage vaut pour le choix de votre PC gamer : mettez le budget dans la carte, pas dans les accessoires. C’est justement sur les cartes les plus garnies en mémoire que les prochaines hausses taperont le plus fort, puisque c’est la mémoire qui coûte cher.

Vous montez une machine de création ou de calcul

Là, l’arbitrage est différent, parce que vous cumulez les deux marchés tendus : la carte graphique et la RAM. Méfiez-vous du réflexe « j’attends que ça se calme » : les trois fondeurs de mémoire ont déjà vendu l’essentiel de leur capacité pour 2027, et les analystes n’espèrent pas de vraie détente avant 2028. Repousser de six mois ne garantit rien, sauf de payer plus cher. Si le projet conditionne une activité professionnelle, achetez maintenant et considérez le surcoût comme le prix de ne pas rester bloqué. S’il peut vraiment patienter, occupez-vous d’abord des postes moins tendus lors d’une mise à jour de votre PC : stockage, refroidissement, alimentation. Une machine qui rapporte n’a pas à être optimisée au dernier euro.

Vous jouez en 1080p sans exigence particulière

Regardez sérieusement le marché de l’occasion, et regardez-le maintenant. Quand le neuf monte, l’occasion suit avec quelques mois de retard : la fenêtre est ouverte, elle ne le restera pas. Vérifiez juste que la carte n’a pas passé sa vie à miner ou à tourner en surchauffe permanente, et privilégiez une vente avec facture d’origine pour ce qui reste de garantie. Petit conseil : demandez au vendeur une capture de l’outil de diagnostic système, ça permet d’identifier le modèle exact de la carte graphique et d’éviter la référence maquillée dans une annonce.

Et les RTX 50 Super, alors ?

La question revient dès qu’on parle d’attendre : la série Super, ce rafraîchissement de milieu de génération qui remet d’habitude les compteurs à zéro côté rapport prix/performances. Mauvaise nouvelle, NVIDIA a gelé le lancement. La raison tient en une ligne : ces cartes devaient embarquer des puces GDDR7 de 3 Go, précisément celles dont le prix a triplé. Impossible de tenir un tarif grand public dans ces conditions.

Concrètement, ne calez pas votre achat sur une carte qui n’a pas de date de sortie. Tant que la mémoire reste à ce niveau, un modèle plus généreux en VRAM au même prix n’a aucune raison d’arriver. Si vous avez besoin d’une carte cette année, raisonnez sur ce qui est en rayon aujourd’hui.

Ce que je surveillerais dans les prochaines semaines

Trois signaux valent mieux qu’un titre alarmiste. Premier signal : si les hausses japonaises et chinoises se répercutent en Europe, ça se verra sur les modèles à forte capacité mémoire avant les autres. Deuxième signal : la disponibilité. Une pénurie se lit dans les ruptures de stock bien avant de se lire sur l’étiquette, et un modèle qui disparaît des comparateurs annonce souvent une hausse à sa réapparition.

Et le plus parlant : l’écart entre le tarif conseillé par le constructeur et le prix réellement pratiqué. Tant que les cartes se trouvent autour de leur tarif officiel, le marché tient. Le jour où il faut payer 15 % au-dessus pour en obtenir une, on aura basculé dans autre chose, et là il faudra effectivement arbitrer vite.

Mon verdict en trois lignes

Trois choses à retenir. Le chiffre de 40 % est réel mais japonais : en France, on est entre 2 et 6 % sur le milieu de gamme, et deux modèles ont baissé. La cause, elle, est mondiale et durable, parce que la mémoire part vers les serveurs d’IA et que NVIDIA en est à sa troisième hausse en un an. Alors relevez vous-même le prix du modèle qui vous intéresse chez deux revendeurs, notez-le quelque part, et refaites le relevé dans trois semaines. Si je ne devais donner qu’un conseil : n’achetez pas dans l’urgence, mais si votre décision était déjà prise, ne la repoussez pas à l’année prochaine. C’est le pire moment pour hésiter six mois.

Foire aux questions

Non. Elle vient d’un avis du revendeur japonais CFD-BIZ, appliqué aux commandes passées à partir du 1er août, et ne vise que le marché japonais. Les relevés français de la même période montrent 2 à 6 % de hausse sur le milieu de gamme, avec même deux modèles en légère baisse.

Parce que Samsung, SK Hynix et Micron réservent leurs lignes à la mémoire haute bande passante des serveurs d’intelligence artificielle, bien plus rentable. La GDDR7 des cartes graphiques passe après, l’offre se réduit et la puce coûte plus cher. Sur une carte de 12 Go, la mémoire pèse à elle seule plus du tiers du tarif de lancement.

Peu probable à court terme. Les trois grands fabricants de mémoire ont déjà écoulé l’essentiel de leur capacité de production pour 2027, et les analystes n’attendent pas de vraie détente avant 2028. Repousser un achat de six mois ne vous garantit donc pas un meilleur prix.

Je ne compterais pas dessus. NVIDIA a repoussé ces modèles à cause du coût des puces GDDR7 de 3 Go qu’ils devaient embarquer. Tant que la mémoire reste à ce niveau, une carte mieux dotée en VRAM au même prix n’a aucune raison de sortir.

Oui. AMD a prévenu ses partenaires d’une hausse d’au moins 10 % sur ses kits associant GPU Radeon et mémoire GDDR6, avec un effet plus marqué sur les modèles dotés de 16 Go. Aucun camp n’est épargné, puisque c’est la mémoire qui tire les prix.

Moins qu’on ne le dit, à condition de vérifier trois choses : la facture d’origine pour la garantie restante, le comportement de la carte sous charge pendant quelques minutes devant vous, et l’état physique du ventilateur. Une carte encrassée ou bruyante trahit souvent un usage intensif prolongé.

Steve Chevillard, créateur d'Astuces & Aide Informatique

Steve Chevillard

Fondateur & Directeur technique web

Homo numericus. J'ai lancé Astuces et Aide Informatique en 2015, à une époque où j'expliquais surtout les mêmes choses trois fois à mes proches. Depuis, je continue : dépanner, tester, écrire ce que j'aurais aimé lire. Une licence en Histoire, un diplôme de développeur web à l'Université de Bourgogne et aujourd'hui le poste de directeur technique web chez Philo éditions (Sciences Humaines, Philosophie magazine, Philonomist). En dehors des écrans, je joue de la basse, j'écoute beaucoup de musique et j'ai une femme et deux enfants qui me rappellent qu'il existe un monde hors du terminal.

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