Arnaque à la Caisse des Dépôts : le faux conseiller qui réclame des frais pour votre épargne oubliée
📌 L’essentiel à retenir
Fin août 2026, la Caisse des Dépôts a publié une alerte : de faux conseillers annoncent par mail ou par téléphone une épargne oubliée, puis réclament des frais de dossier pour la débloquer. Le piège tient parce que l’argent existe vraiment, 7,87 milliards d’euros dormant à l’institution. Trois réflexes le désamorcent. L’établissement ne contacte jamais les particuliers en premier. On ne paie jamais pour recevoir de l’argent. Et la seule recherche officielle passe par Ciclade, gratuitement, en tapant l’adresse à la main.
7,87 milliards d’euros dorment aujourd’hui à la Caisse des Dépôts. C’est de l’argent qui appartient à des Français qui l’ont oublié : vieux livrets, contrats d’assurance vie, épargne salariale d’un ancien employeur. Rien qu’en 2025, l’institution en a rendu 164 millions d’euros à leurs propriétaires, avec un versement moyen de 943 euros.
Des escrocs l’ont compris avant vous. Depuis le 31 août, la Caisse des Dépôts a publié une alerte sur son propre site : de faux conseillers contactent des particuliers par mail et par téléphone pour leur annoncer qu’une somme les attend, puis leur réclament des « frais de dossier » pour la débloquer. Le piège fonctionne parce que l’argent, lui, peut réellement exister. Voici comment le montage tient debout, et le réflexe unique qui le fait tomber.
Pourquoi cette arnaque marche mieux que les autres
Prenez les arnaques institutionnelles classiques. Un faux message des impôts qui promet un remboursement, un faux courrier de la CNIL, un faux SMS de livraison : dans tous les cas, l’escroc invente une situation de toutes pièces et espère tomber sur quelqu’un qui y croit. Ici, c’est différent. Le dispositif dont on vous parle existe vraiment, il est public, et il est prévu par la loi.
La loi Eckert du 13 juin 2014 oblige les banques et les assureurs à transférer à la Caisse des Dépôts les sommes dormant sur un compte inactif. Le délai standard est de dix ans d’inactivité (trois ans seulement en cas de décès du titulaire). L’établissement conserve ensuite l’argent pendant vingt ans (vingt-sept ans quand le transfert fait suite à un décès). Passé ce délai, l’État en devient propriétaire de façon définitive : c’est ce qu’on appelle la déchéance trentenaire, et elle a déjà rapporté 640,7 millions d’euros au budget public depuis 2017.
Vous voyez le problème. Quand un inconnu vous appelle pour vous dire qu’une somme vous attend à la Caisse des Dépôts, il ne raconte pas forcément n’importe quoi. Statistiquement, il a même de bonnes chances de tomber juste : 758 395 comptes et contrats ont été transférés sur la seule année 2025. Un vieux livret ouvert par vos parents, un plan d’épargne entreprise laissé derrière vous en changeant de boîte, l’assurance vie d’un grand-oncle dont personne ne se souvenait, ça arrive tout le temps.
Le mode opératoire tel que la Caisse des Dépôts le décrit
L’alerte officielle est courte et sans ambiguïté. Les fraudeurs contactent des particuliers « par mail et/ou téléphone », en se faisant passer pour des conseillers de l’établissement. Le prétexte annoncé : des « fonds en attente à la Caisse des Dépôts à la suite d’investissements ». Et la demande qui suit : les victimes sont « invitées à verser des frais de dossier pour percevoir les fonds ».
Détail que je trouve révélateur : l’alerte précise que les personnes visées sont des particuliers non-clients de l’institution. Autrement dit, les escrocs ne piochent pas dans un fichier client volé à la Caisse des Dépôts. Ils ratissent large, avec des coordonnées qui viennent d’ailleurs.
D’ailleurs, ces coordonnées, elles ne sortent pas de nulle part. L’année 2026 a été une succession de fuites massives en France, et chaque base qui circule permet de personnaliser un appel : votre nom, votre âge, parfois votre banque ou votre ancien employeur. C’est exactement le carburant de ce type d’appel. J’ai détaillé ailleurs pourquoi une fuite de données sur deux vient d’un prestataire dont vous ignorez l’existence : ces bases-là finissent chez des gens qui décrochent leur téléphone.
Les trois signaux qui trahissent le faux conseiller

Premier signal, et il suffit à lui seul : on vous demande de payer pour recevoir de l’argent. Frais de dossier, frais de déblocage, frais de transfert, provision, avance sur commission, peu importe le nom. Aucun service public ne fonctionne comme ça. Si vous ne deviez retenir qu’une phrase de cet article, c’est celle-là.
Deuxième signal : c’est l’institution qui vient vers vous. Le site Ciclade, qui est le service officiel de recherche, l’écrit noir sur blanc : « La Caisse des Dépôts ne contacte pas les particuliers pour les informer de l’existence de sommes non réclamées. » Et l’alerte du 31 août enfonce le clou : « La Caisse des Dépôts ne contacte jamais ses clients de cette manière. » La démarche part toujours de vous. Toujours.
Et le plus efficace des trois : l’urgence. Un délai qui expire, un dossier qui va être clôturé, une somme qui repart à l’État si vous ne bougez pas cette semaine. C’est le levier habituel, et il est ici particulièrement retors, puisque la déchéance trentenaire existe vraiment. Sauf qu’elle se compte en décennies, pas en jours ouvrés. Personne ne va vous faire perdre trente ans d’épargne parce que vous avez raccroché pour réfléchir.
Ajoutez-y les variantes de forme que l’on retrouve dans tout le cluster : une adresse d’expéditeur presque crédible, un logo repris à l’identique, un interlocuteur qui connaît votre nom. Sur le canal téléphonique, la mise en scène est montée d’un cran ces derniers mois avec le clonage vocal : j’ai décortiqué le procédé dans l’arnaque à la voix clonée par IA, et on l’a vu appliqué grandeur nature avec le faux support Apple qui rappelle les victimes de vol d’iPhone. Le ton professionnel au bout du fil ne prouve plus rien.
Ciclade : le vrai service, et il est gratuit
Voilà le contrepoison. Puisque l’argent peut vraiment exister, la meilleure défense n’est pas de raccrocher en se disant que c’était sûrement du vent : c’est d’aller vérifier vous-même, par le bon canal.
Ce canal s’appelle Ciclade. C’est le service officiel de la Caisse des Dépôts, ouvert en janvier 2017, accessible sur ciclade.caissedesdepots.fr (l’ancienne adresse ciclade.fr y redirige). Le site le formule sans détour : « Ce site, gratuit, est le seul service permettant la recherche de sommes non réclamées. » Gratuit, et seul. Les deux mots comptent.
Concrètement, vous y cherchez cinq familles de produits : les comptes bancaires inactifs, l’épargne salariale, les contrats d’assurance vie non réclamés, les contrats de prévoyance temporaire décès, ainsi que les bons de capitalisation et bons au porteur. La recherche se fait à partir de votre état civil, et vous pouvez chercher pour vous comme pour un proche décédé dont vous êtes ayant droit. Si une somme apparaît, la restitution passe par un dossier en ligne avec justificatifs. À aucun moment vous ne sortez votre carte bancaire.
Petit conseil : tapez l’adresse vous-même dans la barre du navigateur, ou passez par le site de la Caisse des Dépôts. Ne cliquez pas sur le lien du mail qui vous a mis la puce à l’oreille, et méfiez-vous des intermédiaires qui proposent de « rechercher votre épargne oubliée » contre une commission. Le service public le fait pour zéro euro.
Ce que vous faites si vous êtes déjà tombé dedans
Si vous avez seulement reçu le message et que vous n’avez rien envoyé, la consigne officielle tient en six mots : « n’y donnez pas suite ». Supprimez, bloquez le numéro, ne rappelez pas pour dire son fait à l’escroc. Un numéro qui répond est un numéro qui vaut de l’argent sur les listes de revente.
Si vous avez payé, le premier appel est pour votre banque, pas pour la police. Demandez l’annulation ou le rappel du virement, faites opposition si vous avez communiqué votre carte. Les heures comptent bien plus que les jours.
Ensuite seulement, le signalement. La Caisse des Dépôts renvoie vers THESEE, la plateforme du ministère de l’Intérieur dédiée aux escroqueries en ligne, ouverte depuis mars 2022 et accessible via service-public.fr. Vous pouvez y signaler l’infraction ou déposer plainte directement, sans mettre les pieds au commissariat : le formulaire est validé et signé électroniquement par un policier, et le récépissé arrive dans votre espace personnel. Le signalement simple peut se faire de façon anonyme.
Deux autres canaux valent le détour, et ils vont plus vite qu’un dépôt de plainte. Le 33700, géré par les opérateurs mobiles, encaisse les signalements du canal téléphonique : vous transférez le SMS frauduleux tel quel au 33700, ou vous déclarez le numéro sur 33700.fr s’il s’agit d’un appel. Les lignes identifiées finissent coupées. Pour un mail, le réflexe équivalent s’appelle Signal Spam. Ces signalements ne vous rendront pas un euro, mais ils raccourcissent la durée de vie de la campagne, et c’est à peu près tout ce dont on dispose tant que le filtre anti-arnaques promis par le gouvernement n’est pas en service.
Et si vous avez donné un RIB en pensant recevoir un virement, ne considérez pas l’affaire close. Un IBAN dans la nature ouvre la porte aux prélèvements frauduleux, et c’est un scénario que j’ai développé après la fuite d’IBAN de la Mutuelle Générale de Prévoyance : surveillez vos relevés, et sachez qu’un prélèvement non autorisé se conteste auprès de votre banque pendant treize mois.
Un motif qui revient et c’est ça le vrai enseignement

Regardez la mécanique de près, elle n’est pas nouvelle. Le faux message du fisc annonçant un remboursement, le faux courrier de la CNIL qui promet d’effacer vos données, l’arnaque de rentrée qui prétend révéler la classe de votre enfant : à chaque fois, une institution réelle, un service qui existe, et une petite somme réclamée en échange d’un service normalement gratuit.
C’est là que se joue la vraie protection, et elle n’a rien de technique. Aucun antivirus, aucun filtre de messagerie ne vous dira si la Caisse des Dépôts vous doit 943 euros. La seule question qui tranche, c’est : est-ce que ce service est censé être payant ? Sur les démarches publiques françaises, la réponse est presque toujours non. Ciclade est gratuit, le site des impôts est gratuit, la CNIL est gratuite, l’accès à vos données personnelles est gratuit. Dès qu’on vous facture un accès à un droit, vous n’avez plus affaire à l’administration.
Ce que je ferais à votre place
Trois actions, dans cet ordre.
- Allez sur Ciclade maintenant, tapez l’adresse à la main, et faites la recherche à votre nom. Ça prend cinq minutes et c’est gratuit. Avec 7,87 milliards en attente, autant vérifier avant qu’un escroc ne vous propose de le faire à votre place.
- Faites la même recherche pour vos parents et vos grands-parents. Les gros dossiers viennent presque toujours de là : livrets anciens, assurances vie, comptes ouverts dans une banque qui a changé trois fois de nom.
- Prévenez les personnes âgées de votre entourage que la Caisse des Dépôts n’appelle jamais pour annoncer une bonne nouvelle. C’est la seule phrase à retenir, et c’est celle qui protège le mieux.
Ma recommandation si je ne devais en garder qu’une : ne payez jamais pour toucher de l’argent. Pas un euro de frais de dossier, pas une provision, pas une avance. Cette règle-là n’a aucune exception dans l’administration française, et elle rend inoffensives à peu près toutes les variantes de cette arnaque, y compris celles qui n’ont pas encore été inventées.
Foire aux questions
Elle, non. Votre banque, oui. La loi Eckert impose à l’établissement de vous prévenir chaque année de l’inactivité du compte, puis six mois avant le transfert à la Caisse des Dépôts. C’est donc un courrier de votre banque, jamais de l’institution, et il ne réclame pas un centime.
Rien d’immédiat. Vous déposez la demande en ligne, la Caisse des Dépôts instruit le dossier et réclame des justificatifs : pièce d’identité, acte de décès et preuve de filiation si vous êtes ayant droit. Comptez plusieurs semaines. Un conseiller qui promet un déblocage en 48 heures ment.
Pour un compte bancaire ou un livret, non : le capital revient tel quel, les intérêts ayant déjà été fiscalisés au moment où ils ont été inscrits. Pour une assurance vie, ça dépend de l’âge du contrat, de la date des versements et de votre lien avec le défunt. La question se pose à votre centre des finances publiques, pas à un inconnu au téléphone.
Certains sont de vraies sociétés de recherche d’avoirs, donc oui, légaux. Mais vous payez une commission pour une démarche que l’État assure gratuitement. Ciclade l’écrit lui-même : c’est le seul service de recherche de sommes non réclamées. Passer par un intermédiaire revient à offrir un pourcentage de votre propre argent.
Inutile de chercher sur Ciclade : l’argent est encore dans votre banque, il n’a pas été transféré. Vous vous adressez directement à l’établissement, avec un ancien relevé ou un RIB si vous en avez retrouvé un. Ciclade ne référence que ce qui est déjà passé côté Caisse des Dépôts.
Regardez le domaine après l’arobase, pas le nom affiché : les adresses officielles se terminent par caissedesdepots.fr. Une variante approchante du type caissedepots-fr.com est un faux. Et même avec la bonne adresse, la règle ne bouge pas : aucun message légitime ne vous réclamera des frais pour toucher une somme.

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