Matériel

GEEKOM à l’IFA 2026 : quatre mini PC assemblés pour faire tourner l’IA en local

Par Fabien Peltière , le 02/09/2026 , mis à jour le 02/09/2026 - 14 minutes de lecture
Cluster de quatre mini PC GEEKOM A9 Mega reliés en USB4 à l'IFA 2026 de Berlin

📌 L’essentiel à retenir

GEEKOM expose à l’IFA de Berlin, du 4 au 8 septembre, quatre mini PC A9 Mega reliés en USB4 qui font tourner DeepSeek V4 Flash en local, sans passer par le cloud. Le débit atteint 14,61 tokens par seconde pour un seul utilisateur, avec 250 000 tokens de contexte, pour environ 14 000 € de matériel : la cible est la PME ou le cabinet qui traite des données confidentielles. Les annonces réellement achetables restent le GeekBook X16 Pro passé chez AMD et le mini PC IT13 sous Intel Panther Lake, encore sans prix ni date.

GEEKOM sera présent à l’IFA de Berlin du 4 au 8 septembre. Le constructeur taïwanais y montrera quatre mini PC reliés entre eux pour faire tourner une intelligence artificielle sans jamais passer par le cloud, un ordinateur portable de 16 pouces qui change de camp côté processeur, et deux nouveaux mini PC. Voilà ce que ces annonces valent vraiment, chiffres à l’appui.

Le fil rouge de tout ça tient en deux mots : IA locale. L’idée est de faire tourner un modèle d’intelligence artificielle sur votre propre machine, chez vous ou dans vos locaux, plutôt que d’envoyer vos données sur les serveurs d’un géant américain. Vos documents ne sortent pas, vous ne payez pas d’abonnement au mois, et la machine fonctionne même sans connexion. Le problème, c’est que les gros modèles réclament énormément de mémoire. C’est exactement là que GEEKOM tente quelque chose.

Quatre mini PC branchés ensemble pour faire tourner un gros modèle

La démonstration phare s’appelle un cluster : plusieurs ordinateurs reliés qui travaillent comme une seule machine. GEEKOM en a assemblé quatre A9 Mega, ses mini PC les plus musclés, chacun avec son Ryzen AI Max+ 395 et sa partie graphique Radeon 8060S, connectés par de simples câbles USB4. Les quatre boîtiers mettent ainsi 512 Go de mémoire unifiée en commun. L’ensemble exécute DeepSeek V4 Flash, la dernière version du modèle chinois dont nous avons déjà détaillé le fonctionnement et les ambitions.

Le principe est celui d’un déménagement à quatre. Un grand modèle de langage est un fichier gigantesque qu’il faut charger entièrement en mémoire pour qu’il réponde. Aucun mini PC seul n’a la place. GEEKOM découpe donc le modèle en quatre morceaux, un par machine, et chaque machine s’occupe de sa part. Côté logiciel, le trio Ubuntu, ROCm et DwarfStar orchestre le découpage. L’accès se fait via une interface compatible avec celle d’OpenAI, ce qui permet de brancher des outils existants sans les réécrire.

Mini PC GEEKOM A9 Mega faisant tourner un modèle d'IA en local sans passer par le cloud

Les performances annoncées, traduites en langage clair

GEEKOM communique trois mesures. Le débit atteint 14,61 tokens par seconde. Le délai avant le premier mot affiché tourne autour de 0,42 seconde. Et la mémoire de travail du modèle grimpe jusqu’à 250 000 tokens de contexte.

Un token représente à peu près trois quarts de mot en français. Ces 14,61 tokens par seconde correspondent donc à une dizaine de mots par seconde qui s’affichent à l’écran. C’est un peu plus rapide qu’une lecture confortable, largement suffisant pour discuter avec un assistant, et nettement plus lent que ce que vous obtenez sur ChatGPT ou Claude. Les 250 000 tokens de contexte, en revanche, sont un vrai argument : le modèle peut avaler l’équivalent de plusieurs centaines de pages et raisonner dessus d’un seul tenant.

Un détail compte beaucoup dans ces chiffres. Ils sont mesurés en single concurrency, autrement dit avec un seul utilisateur à la fois. Une équipe de dix personnes qui interrogent l’assistant en même temps n’obtiendra pas ce résultat.

Le vrai sujet, c’est le prix

GEEKOM ne communique pas de tarif pour son cluster et on comprend pourquoi. L’A9 Mega en 128 Go de mémoire et 2 To de SSD est affiché 3 499 € sur la boutique française du constructeur. Multipliez par quatre : la démonstration de Berlin représente environ 14 000 € de matériel, sans compter le temps d’installation et de réglage.

Ce montant change complètement le public visé. On ne parle plus du particulier curieux, mais du cabinet d’avocats, du laboratoire, du service comptable ou de la PME industrielle qui traite des données confidentielles et refuse de les confier à un serveur distant. Pour ces profils, 14 000 € une fois pour toutes se compare à des années d’abonnements professionnels, et le calcul peut tenir la route. Pour tous les autres, ça reste une vitrine technique.

Un point mérite d’être clarifié, parce qu’il change la lecture des chiffres. L’A9 Mega se décline en deux configurations, et le communiqué de l’IFA les cite toutes les deux. Celle du cluster embarque le Ryzen AI Max+ 395, un processeur à 16 cœurs crédité de 126 TOPS de puissance IA, avec 128 Go de mémoire. L’autre repose sur le Ryzen AI Max+ 388 : 8 cœurs, 118 TOPS, 64 Go de mémoire unifiée et un SSD Phison AI, vendue 2 399 € en France. C’est cette version d’entrée que GEEKOM montre seule, hors grappe, pour faire tourner des modèles de 70 milliards de paramètres. Deux machines, deux usages : les chiffres de performance du cluster ne valent que pour la première.

L’USB4, l’astuce et la limite à la fois

Relier les quatre machines en USB4 est l’idée maligne du montage. Les serveurs d’IA professionnels utilisent des liaisons propriétaires très rapides et très coûteuses, qui imposent des commutateurs réseau spécialisés. GEEKOM se contente de câbles standard à 40 Gbit/s, ceux que vous branchez déjà sur un écran ou un disque externe. Le montage devient reproductible par n’importe quel technicien, sans matériel réseau exotique.

Cette économie a un coût. À chaque mot généré, les quatre morceaux du modèle doivent échanger leurs résultats intermédiaires. Le câble devient alors le goulot d’étranglement du système, et une partie du débit modeste de 14,61 tokens par seconde s’explique là. Les liaisons d’un serveur d’IA classique sont plusieurs dizaines de fois plus rapides. GEEKOM ne vend pas un concurrent aux baies de serveurs, mais une alternative compacte, silencieuse et bien moins gourmande en électricité, pour ceux qui n’ont ni salle machine ni budget correspondant.

Le GeekBook X16 Pro abandonne Intel pour AMD

C’est le produit le plus concret du lot. Le GeekBook X16 Pro, l’ordinateur portable fin de la marque, passe au Ryzen AI 9 HX 470 avec une partie graphique Radeon 890M. Jusqu’ici, ce modèle tournait avec des puces Intel Core Ultra. Le changement n’est pas anodin.

Ce processeur appartient à la génération AMD sortie début 2026. Il aligne 12 cœurs, dont 4 rapides et 8 orientés économie d’énergie, et embarque un accélérateur d’IA crédité de 55 TOPS. Ce chiffre a une conséquence pratique : il dépasse les 40 TOPS exigés par Microsoft pour la certification Copilot+, ce qui ouvre la porte aux fonctions d’IA intégrées à Windows 11 qui tournent directement sur la machine.

Le reste de la fiche reprend ce que l’on connaît du modèle actuel : châssis en alliage de magnésium, écran de 16 pouces, batterie de 77 Wh. La version en vente aujourd’hui affiche une dalle 2560 x 1600 à 120 Hz pour 1,27 kg et 6,9 mm d’épaisseur. GEEKOM n’a pas encore précisé la définition, la mémoire ni le stockage de la déclinaison AMD, et aucun prix n’a été communiqué.

L’IT13, premier mini PC GEEKOM sous la nouvelle plateforme Intel

Présenté pour la première fois à Berlin, le Mega Mini PC IT13 inaugure chez GEEKOM le Core Ultra X7 358H. Cette puce Intel de génération Panther Lake réunit 16 cœurs répartis en trois familles, du plus performant au plus économe, et une partie graphique Arc B390 nettement plus solide que les précédentes. Les premiers relevés indépendants la situent au niveau d’une ancienne carte graphique d’entrée de gamme dédiée, ce qui est remarquable pour un circuit intégré au processeur.

Un accélérateur d’IA dédié complète l’ensemble. GEEKOM reste muet sur la mémoire, le stockage, le prix et la date de sortie, ce qui invite à la prudence. Si le positionnement suit celui de l’IT15 que nous avons testé, il faut viser le mini PC polyvalent haut de gamme, capable de servir de machine principale.

L’A5 édition 2027 joue la carte du silence

Dernière annonce, la plus discrète. L’A5 édition 2027 reprend un Ryzen 7 7730U à 8 cœurs, une puce sans accélérateur d’IA et bâtie sur une architecture éprouvée plutôt que récente. GEEKOM assume et parle de productivité silencieuse toute la journée.

Ce positionnement a du sens pour un poste de bureautique, une machine de secrétariat ou un ordinateur familial. La gamme A5 s’est construite là-dessus, comme le montrait déjà l’A5 Pro et son tarif sous les 650 €. Cette catégorie de machines consomme une fraction de ce qu’avale une tour classique, un argument que nous avions détaillé dans notre sélection de mini PC économes en énergie.

Combien de mémoire faut-il pour faire tourner une IA en local ?

C’est la question qui décide de tout, et elle se calcule. Un modèle se mesure en milliards de paramètres, et chaque paramètre occupe de la place en mémoire. Avec la compression employée par la plupart des outils grand public, comptez en gros un demi-gigaoctet par milliard de paramètres, plus une réserve pour le contexte de la conversation. Un modèle de 8 milliards de paramètres tient donc dans 8 Go, un modèle de 70 milliards réclame une cinquantaine de gigaoctets, et les plus gros dépassent la centaine.

Cela explique la démarche de GEEKOM. Un PC de bureau classique plafonne souvent à 32 Go, et sa carte graphique n’offre que 8 à 16 Go de mémoire vidéo, la seule vraiment rapide pour ce travail. Les puces Ryzen AI Max+ partagent au contraire une mémoire unifiée que la partie graphique peut adresser presque entièrement, jusqu’à 128 Go sur une seule machine. Relier quatre boîtiers repousse ce plafond à 512 Go, sans la moindre carte professionnelle à acheter.

Faut-il s’y intéresser ?

Séparons les choses. Le cluster à quatre nœuds est une démonstration de savoir-faire, pas un produit que vous trouverez en rayon. Il prouve qu’assembler des mini PC grand public pour faire tourner une IA sérieuse fonctionne, et ce constat compte : la même méthode s’appliquera à des machines moins chères dans deux ou trois générations.

Pour l’IA locale à titre individuel, il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin. Un seul mini PC équipé d’une puce récente et de suffisamment de mémoire fait déjà tourner des modèles très corrects, comme nous l’avons constaté sur l’A9 MAX et son Ryzen AI 9. La quantité de mémoire pèse davantage que le reste : c’est elle qui détermine la taille du modèle que vous pourrez charger.

Le GeekBook X16 Pro et l’IT13 restent les annonces à surveiller pour un achat réel. Les deux arrivent avec des composants sortis en début d’année, ce qui garantit plusieurs années de mises à jour et de pilotes. Il manque encore l’essentiel : les prix et les dates de disponibilité, que GEEKOM devrait préciser pendant le salon.

Foire aux questions

Le constructeur tient le stand 119 du hall 6.2, à l’IFA de Berlin, du 4 au 8 septembre. Il y montre son cluster de quatre A9 Mega, le GeekBook X16 Pro, le Mega Mini PC IT13 et l’A5 édition 2027.

C’est un groupe d’ordinateurs reliés entre eux qui se comportent comme une seule machine. Chacun prend en charge une partie du travail, ici un quart du modèle d’intelligence artificielle, et les résultats sont échangés en permanence par le câble qui les connecte.

GEEKOM ne vend pas l’ensemble comme un produit fini. En additionnant quatre A9 Mega en 128 Go de mémoire et 2 To de SSD, affichés 3 499 € l’unité en France, on arrive à près de 14 000 €, hors temps d’installation et de réglage.

Cela représente une dizaine de mots par seconde à l’écran, soit un rythme un peu plus rapide qu’une lecture confortable. C’est suffisant pour dialoguer avec un assistant, mais nettement plus lent que ChatGPT ou Claude, et la mesure ne vaut que pour un utilisateur à la fois.

Non. Un seul mini PC récent doté de 32 à 128 Go de mémoire fait déjà tourner des modèles très corrects. Le nombre de machines ne sert qu’à charger des modèles trop volumineux pour une seule d’entre elles.

Son Ryzen AI 9 HX 470 embarque un accélérateur d’IA crédité de 55 TOPS, au-dessus des 40 TOPS exigés par Microsoft pour la certification Copilot+. La compatibilité est donc techniquement acquise, mais GEEKOM ne l’a pas encore confirmée officiellement.

L’USB4 monte à 40 Gbit/s avec des câbles courants, là où un réseau Ethernet grand public plafonne bien plus bas et où les liaisons professionnelles imposent des commutateurs coûteux. En contrepartie, le câble reste le point de blocage du système et limite le débit obtenu.

Fabien Peltière

Fabien Peltière

Rédacteur & Community Manager

Baignant dans l'informatique depuis tout petit (j'ai écrit mes premières lignes de code sur un Amstrad CPC 464) et travaillant depuis plus de 20 ans dans le web, j'écris des tutoriels destinés aux débutants afin de leur permettre de mieux appréhender le monde numérique, ses enjeux, ses pratiques et ses menaces. Responsable des réseaux sociaux (community manager pour Astuces & Aide Informatique).

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